Le texte qui suit a été primitivement publié dans une plaquette éditée en 1995 par le Grand Prieuré des Gaules auquel nous adressons nos fraternels remerciements.

Le Régime Écossais Rectifié est un système maçonnique et chevaleresque chrétien qui fut constitué en France dans le troisième quart du XVIIIe siècle. Après une éclipse apparente au XIXe siècle, il connaît, à notre époque, et surtout depuis les années 1960, un fort regain de vitalité.

On notera que la notion de Régime renvoie à l’organisation structurelle du système, celle du Rite à la pratique rituelle proprement dite. Les deux expressions : Régime Écossais Rectifié et Rite Écossais Rectifié ne sont donc pas, à strictement parler, interchangeables, même si la pratique courante les confond, ce que facilite leur sigle commun : R.E.R.

Le Régime Écossais Rectifié a été organisé entre 1774 et 1782 par deux groupes de maçons strasbourgeois et lyonnais parmi lesquels on doit citer Jean et Bernard de Turckheim ainsi que Rodolphe Salzmann (tous trois de Strasbourg) et surtout le Lyonnais Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) qui en fut l’âme pensante. L’architecture du Régime fut son œuvre et c’est lui qui mit en forme la doctrine qu’il véhicule.

Du point de vue formel, le Régime Écossais Rectifié a trois origines ; du point de vue spirituel, il a deux sources ou inspirations.

Pour ce qui est de la structure et de la symbolique tant maçonnique que chevaleresque, les trois origines du système sont :

- La maçonnerie française de l’époque avec sa prolifération de grades les plus divers[1] et qui, épurée, devait être structurée vers 1786/1787 en un système qui portera plus tard le nom de «Rite français», avec ses trois grades bleus et ses quatre ordres, sans omettre les divers grades dont la combinaison constitue ce qu’on appelle l’écossisme ;

- Le système propre à Martines de Pasqually, personnage énigmatique mais inspiré que Willermoz, comme Louis-Claude de Saint-Martin, reconnut toujours pour son maître, c'est-à-dire l’«Ordre des Chevaliers Maçons Élus Cohen de l’Univers» ;

- La «Stricte Observance», dite encore «Maçonnerie rectifiée» ou «Maçonnerie réformée de Dresde», système allemand où l’aspect chevaleresque primait absolument sur l’aspect maçonnique, car il se voulait non seulement l’héritier mais le restaurateur de l’ancien Ordre du Temple aboli en 1312.

Pour ce qui regarde les deux sources spirituelles dont il est un des dépositaires modernes, il a puisé à :

- La doctrine ésotérique de Martines de Pasqually dont l’essentiel porte sur l’origine première, la condition actuelle et la destination ultime de l’homme et de l’univers ;

- La tradition chrétienne indivise, nourrie des enseignements des Pères de l’Église.

Quoi que certains aient pu affirmer, ces deux doctrines, non seulement ne se contredisent pas, mais, a contrario, se corroborent l’une l’autre.

Tous les textes prouvent la parfaite orthodoxie, au regard des confessions chrétiennes, du Régime Écossais Rectifié qui s’occupe, non de ce qui divise les chrétiens, mais de ce qui les réunit.

Partant de là, Willermoz a donné à son Système ou Régime une architecture concentrique en l’organisant en trois classes successives de plus en plus intérieures et, en même temps, de plus en plus secrètes, chacune étant inconnue de celle qui lui était extérieure.

En outre, il a doublé le parcours initiatique de grade en grade par un enseignement doctrinal progressivement de plus en plus précis et explicite, au moyen d’instructions qui font partie intégrante du rituel de chaque grade.

Cette conception d’ensemble – architecture du Régime et doctrine – a été officiellement approuvée en deux étapes. D’abord, sur le plan national, par le Convent des Gaules (novembre et décembre 1778) lequel ratifia, entre autres, le Code maçonnique des Loges réunies et rectifiées et le code de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte qui demeurent les textes constitutionnels, toujours en vigueur, du régime. Puis, sur le plan européen, par le Convent de Wilhemsbad, en Allemagne, (août et septembre 1782), tenu sous la présidence du duc Ferdinand de Brunswick-Lunebourg et du prince Charles de Hesse, principaux dirigeants de la «Stricte Observance» qui se rallièrent à ce qu’on appelait à l’époque la Réforme de Lyon.

 

 


[1]Willermoz les connaissait tous et en avait pratiqué beaucoup.

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