Entre les haies que forment ces nombreux ordres [1], le martinisme passe, éternel. Sa vocation est de rassembler des «hommes de désir», c'est-à-dire des hommes de bonne volonté avec un plus spirituel. En cela, il n’a point varié depuis Jacob Boehme, les rosicruciens et les Philosophes Inconnus, Martines de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin, Papus et ses successeurs. S’il faut aux humains des structures, des statuts, des cadres…, la véritable spiritualité n’en a nul besoin.

Le martinisme est très proche d’une certaine tradition maçonnique depuis que, dans les années 1778 à 1782, un maçon lyonnais, Jean-Baptiste Willermoz, disciple de Martines de Pasqually et ami de Saint-Martin, a créé un régime maçonnique en rupture complète avec les mœurs et usages de la maçonnerie de son époque tout empreinte d’esprit aristocratique et qui s’apparentait plus à un club mondain qu’à une société initiatique. Ce régime maçonnique, le Régime Écossais Rectifié (RER), distille en plusieurs grades échelonnés un enseignement voisin de celui du martinisme et, dans ses rituels comme dans ses instructions, on retrouve des pans entiers de la pensée martiniste. En dépit de moultes turbulences, cette maçonnerie existe toujours en France, en Suisse, en Italie, principalement. En France, certaines des loges de ce Régime sont composées pour l’essentiel de martinistes instruits.

«Chevalerie chrétienne», disait Papus en présentant le martinisme. Mais aussi «serviteurs de la connaissance véritable», pourrait-on dire des martinistes. «Utopistes d’un monde d’amour et de paix», voilà qui ferait une belle devise pour tous ceux qui veulent travailler à la venue d’une société plus juste et plus fraternelle. Car le rôle du martiniste est aussi un rôle citoyen ; il ne sera jamais un ermite mais il vivra au milieu du torrent avec tous les autres hommes, ses frères, pour leur insuffler, par son comportement, son amitié, sa compassion, le «Vrai Désir».



[1] Nous n’avons pas cité les éphémères, les fantaisistes et les déviationnistes, car la liste en est bien trop longue et ne mérite pas d’être déroulée.

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