Né à Görlitz, en Haute Silésie, en 1575 [1], Jacob Boehme fut placé par son père comme apprenti dans une échoppe de savetier qu’il avait héritée de son père. Cela ne l’empêcha pas de devenir un mystique illuminé (c'est-à-dire qui a reçu la lumière) et de produire quelques ouvrages qui exposent sa pensée profondément initiatique. «De signatura rerum», son œuvre la plus connue, renferme une pensée philosophique originale. Il est vraisemblable qu’il a pu rencontrer les rosicruciens du cercle de Tübingen qui, dans les années 1604 à 1630, se réunissaient autour d’un pasteur luthérien du nom de Valentin Andrae et qui, souffrant de cette guerre de religion larvée qui trouvera son temps fort avec la Guerre de Trente Ans (1618-1648), tentaient de rassembler les deux confessions antagonistes.

Il faut savoir que, quand on parle des rosicruciens du 17ème siècle, on n’évoque en aucun cas une société ou un ordre structuré. Les ordres rosicruciens se fonderont plus tard sous divers noms et diverses formes, telle la Royal Society of England, et quelques autres que nous n’avons pas à évoquer ici car cela n’entre point dans notre présent sujet.

Jacob Boehme ne fonda pas d’ordre philosophique structuré ; de nombreux disciples, particulièrement en Allemagne et, surtout, en Angleterre, absorbèrent sa pensée initiatique et la répandirent à travers leurs propres écrits et travaux. Les Anglais Robert Fludd et Francis Bacon, peuvent être considérés au nombre de ceux-là.

En France, la pensée boehmienne ne pénétrera qu’à partir de la seconde moitié du 18ème siècle avec la rencontre d’un des disciples du maître, Rodolphe Salzmann, et de Louis-Claude de Saint-Martin comme nous allons le voir à présent. Retenons pour l’heure que, s’il est avéré que Jacob Boehme ne créa pas de filiation initiatique, c’est dans son œuvre que le martinisme se trouve en gestation et que, par cette voie, il se rattache nécessairement au grand courant rosicrucien du début du 17ème siècle, véritable plaque tournante de la tradition occidentale chrétienne.



[1] Il y mourra en 1624.

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