Judas l'Iscariote

par Fabien Decorps

Dans la mémoire collective, Judas l’Iscariote est l’homme qui a dénoncé Jésus à ses ennemis. D’ailleurs, les évangiles rappellent souvent ce qu’il a commis, et cela dès l’institution des Douze :

Et voici les noms des douze apôtres : d’abord Simon appelé Pierre, et son frère André ; Jacques fils de Zébédée, et son frère Jean ; Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le percepteur ; Jacques fils d’Alphée et Thaddée ; Simon le Cananéen, et Judas l’Iscariote, celui qui le livra. (Évangile selon Matthieu, Chapitre 10, Versets 2 à 4 ; tous les extraits des évangiles canoniques sont tirés du Nouveau Testament de la Bibliothèque de La Pléiade, éditions Gallimard, ici et après.)

LÉvangile selon Luc emploie un mot plus dur en parlant de « Judas Iscarioth, qui devint un traître » (Chapitre 6, Verset 16).
C’est ce qui explique que sa personne représente, dans la mémoire collective, le mal absolu, l’homme au cœur corrompu, le traître. Tous les évangiles canoniques n’ont pas tous la même approche du sujet et s’emploient à décrire le ministère de Jésus-Christ dans sa globalité. Ils n’ont pas pour objectif d’expliciter des points précis, comme le mystère de la livraison-trahison.

L’Évangile de Judas précise les choses, nous révélant plusieurs dialogues entre Judas l’Iscariote et Jésus-Christ. Ces entretiens se situent juste avant que Judas reçoive l’argent de la part des prêtres. En livrant son Maître, Judas accomplit sa Destinée et permettra à la Volonté du Dieu suprême de se manifester. Il accepte la mission la plus difficile. Ce qui lui vaut d’être considéré comme le plus grand des apôtres de Jésus.

L’objectif de ce texte est de présenter l’Évangile de Judas et de mettre en évidence les liens existant entre lui et le Nouveau Testament, sur le thème de la livraison-trahison. Puis, dans un second temps, nous aborderons l’enseignement ésotérique contenu dans l’Évangile de Judas.

L’Évangile de Judas

Cet Évangile a été découvert aux environs de l’année 1978, en Moyenne-Égypte, dans un état de conservation déplorable. Il était rédigé en copte mais avait certainement été formulé en grec à l’origine. On situe la rédaction de l’original au plus tard vers l’an 150 après Jésus-Christ (Irénée de Lyon le cite vers 180).

Ce n’est qu’en 2001 que d’importants efforts de restauration sont mis en œuvre. La première traduction de cet Évangile date de 2006, suite au travail d’une équipe de spécialistes, Rodolphe Kesser, Marvin Meyer et Gregor Wurst. Une deuxième traduction fut éditée en 2007 et 2008 par la même équipe aidée cette fois par l’expert en copte François Gaudard.

Nous nous intéresserons à ce passage de l’Évangile de Judas (les nombres entre parenthèses représentent le nombre de lignes manuscrites perdues. Les nombres entre crochets correspondent aux notes des professeurs Rodolphe Kasser, Marvin Meyer, Gregor Wurst et François Gaudard : voir en fin de texte).

Un jour qu’il avait été en Judée pour visiter ses disciples, il les trouva installés en réunion, s’exerçant à pratiquer leur pieuse observance [1]. Lorsqu’il s’approcha d’eux (34), ainsi rassemblés, prononçant l’action de grâces [2] au-dessus du pain, il sourit [3]. Les disciples lui dirent : « Maître, pourquoi souris-tu de notre action de grâces [4] ? Qu’avons-nous fait ? Nous avons fait ce qu’il convient de faire [5]. »

Il répondit pour leur dire : « Je ne souris pas de vous. Vous ne faites pas cela de votre volonté, mais c’est parce qu’il en est ainsi que votre Dieu sera loué [6]. »

Ils dirent : « Maître, toi, tu es le fils de notre Dieu [7]. »

Jésus leur dit : « Que connaissez-vous de moi ? En vérité, je vous le dis [8], nulle génération de ceux qui sont parmi vous ne me connaîtra [9]. »

Évangile de Judas

Lorsque ses disciples entendirent cela, ils se fâchèrent, s’emportèrent, et commencèrent à blasphémer contre lui dans leur cœur.

Lorsque Jésus eût constaté leur incompréhension, il leur dit : « Pourquoi cette agitation, ce trouble, vous ont-ils mis en colère ? Votre Dieu qui est en vous et […] [10] (35) ont provoqué la colère dans vos âmes. Que celui d’entre vous qui est suffisamment fort parmi les êtres humains fasse surgir l’homme parfait et vienne se tenir devant ma face [11]. »

Tous dirent : « Nous en avons la force. »

Mais leur esprit [12] n’osa pas aller devant lui, à l’exception de Judas l’Iscariote. Il fut capable de se tenir devant lui, mais il ne put le regarder dans les yeux, et il détourna son visage [13].

Judas lui dit : « Je sais qui tu es et d’où tu es venu. Tu es issu du Royaume immortel [14] de Barbèlô [15]. Et le nom de qui t’a envoyé [16], je ne suis pas digne de le prononcer. »

Sachant que Judas réfléchissait encore au reste des réalités sublimes, Jésus lui dit : « Sépare-toi des autres et je te dirai les mystères du Royaume [17]. Il te sera possible d’y parvenir, mais au prix de maintes afflictions. » (Évangile de Judas, édition Flammarion 2008, pages 29, 30, 31, 32 et 33.)

Manifestement, l’Évangile de Judas s’oppose aux églises judéo-chrétiennes des premiers siècles. Pour les Gnostiques, les coutumes juives comme l’Eucharistie juive, devenaient obsolètes après la venue du Christ. Pour eux, elles n’auraient pas dû être perpétuées par les apôtres dans les églises des enfants en Christ. Les fidèles devaient maintenant célébrer l’Eucharistie chrétienne en Esprit et en Vérité. Ce nouveau rituel fait « en mémoire de lui » remplacera les anciens rituels d’action de grâce, comme la fête de Pâques chrétienne remplacera la Pâque juive.

Pour les Gnostiques, c’est dans l’Eucharistie chrétienne que la Gnose s’exprime à son paroxysme et se reçoit en Esprit et en Vérité. Cet unique rituel laissé par le Christ doit donc être parfaitement compris dans sa dimension ésotérique pour être pleinement accompli. De plus, il faut se sentir digne de recevoir le Corps et le Sang du Christ. Pour cela, Paul avertira les Eglises des enfants en Christ de pratiquer ce rituel avec humilité et prudence (Voir Ière Épitre de Paul aux Corinthiens, chapitre 11, versets 27 et 28). Malgré la complexité du processus, l’Eucharistie chrétienne, symbolisant la Nouvelle Alliance, est un rituel conçu pour être pratiqué par tous les Chrétiens, quel que soit le niveau de compréhension du Christianisme et le niveau d’éveil spirituel du fidèle.

L’Évangile de Judas provient d’un milieu gnostique Barbèlô-Séthien qui prône un Christianisme universel. Comme dans nombre de communautés chrétiennes (les Pauliniens par exemple), les coutumes spécifiques aux peuples juifs, comme la circoncision ou encore la célébration de la sortie d’Égypte du peuple hébreux, sont donc supprimées. Par ailleurs, le contexte de la tradition judaïque est préservé. Précisons qu’il existait plusieurs groupes Barbèlô-Séthiens et que l’identité chrétienne de certains de ces mouvements est difficile à confirmer. C’est le cas notamment des textes suivants : Les Trois Stèles de Seth, Zostrien, Marsanès ou encore Allogène. Ils sont très complexes à situer dans le temps et sont peut-être tout simplement préchrétiens. L’Évangile de Judas est à rapprocher de la mouvance Barbèlô-Séthienne Chrétienne, qui nous est connue principalement par le Livre sacré du Grand Esprit Invisible ou encore le Livre des secrets de Jean. Les origines de la Gnose Barbèlô-Séthienne se trouvent certainement dans des milieux Gnostiques Juifs et Hellénistiques avant l’ère chrétienne. Les Barbèlô-Séthiens semblent former un groupe varié présent en Égypte, en Israël ou encore en Syrie. Ils sont initiés à différentes traditions, comme par exemple, le Platonisme ou le Zoroastrisme, et semblent vouloir syncrétiser, concilier toutes les connaissances humaines afin de les régénérer et de les fondre dans une tradition unique. Les Gnostiques qui reconnaitront le Christ en Jésus de Nazareth y ajouteront la révélation chrétienne, comme étant le ciment, la source et le sommet de la régénération de toutes les anciennes traditions.

Dans le passage cité précédemment, nous voyons aussi que Jésus voudrait mener ses disciples plus haut dans leur compréhension du divin car il sourit de la Volonté qui les guide. Cette Volonté, c’est le Seigneur Sabaôth, une entité archontique qui s’est rebellée contre Ialdabaôth et qui s’est tournée vers la lumière du Plérôme. Le Seigneur Sabaôth va, grâce à cela, permettre la venue de celle-ci, du Christ (sous la forme du Christ cosmique), pour qu’à son contact avec le Cosmos, qui balance entre Ordre et Chaos - l’un étant toujours contre l’autre - celui-ci puisse arriver à trouver l’Harmonie et le Dieu suprême, celui qui règne sur le Tout, depuis toute éternité. Pour cela, le Seigneur Sabaôth a été élevé au-dessus de l’Hebdomade du Sabbat où il y accueille les hommes justes mais qui n’ont pas encore atteint la compréhension du divin. En effet, pour les Gnostiques, le Seigneur Sabaôth est une divinité archontique réconciliée mais qui n’est pas digne d’adoration car il ne donne pas la connaissance et la compréhension du divin à ses fidèles. Il ne peut tout au plus que les guider vers le juste, dans leurs plans de conscience respectifs. Pour les Gnostiques, le Seigneur Sabaôth est une nécessité mais aussi parfois un obstacle pour l’accomplissement spirituel des fidèles, comme l’Ordre est parfois une entrave à l’Harmonie. Pour eux, il n’y a qu’en cherchant la connaissance, en entrant au plus profond de soi et en s’élevant vers le plan de conscience du Dieu suprême que la compréhension est donnée.

Ensuite, Jésus voit que les apôtres ne comprennent pas et s’énervent, montrant là aussi leurs faiblesses. Il leur répond qu’il n’y a pas lieu de s’énerver et que celui qui est parfait s’avance vers lui. On voit ici que les apôtres sont encore sous les influences négatives de l’Hebdomade du Sabbat. Judas l’Iscariote comprend la leçon ; il ne monte pas son cœur contre Jésus et peut ainsi s’avancer devant sa face.

On voit dans ce passage que c’est Judas qui comprend ce que Jésus veut leur dire : pour approcher le vrai Dieu, il faut le faire en Esprit et en Vérité. En Esprit, c’est-à-dire en conscience et avec connaissance. En Vérité, c’est-à-dire avec le cœur ; mais les apôtres le font par habitude et comme on le leur a dicté et ils ignorent encore l’existence du Plérôme.

Judas, en répondant à Jésus : « tu es issu du Royaume de Barbèlô », manifeste qu’il a compris et connu la nature divine du Maître. Celui-ci est le Christ, le Fils de l’Homme, sous l’apparence d’un homme sensible. Le Fils de l’Homme est l’une des trois grandes puissances du Dieu suprême, le Grand Esprit Invisible. C’est le Verbe divin, faisant sortir du sein de la divinité les sept voyelles, les sept puissances de la grande lumière (Voir le Livre du Grand Esprit Invisible NH III ; 42,21-43,4).

Jésus confiera à Judas son enseignement sur la cosmogonie car il est le seul à posséder l’intelligence du cœur nécessaire.

Il n’y a rien de surprenant dans le fait que l’Évangile de Judas glorifie son personnage central. Maria Magdalena et Jean sont eux aussi présentés, dans leurs évangiles respectifs, comme étant les plus proches ou les plus aimés de Jésus. Citons par exemple l’Évangile de Marie, page 18 : « Assurément, l’Enseigneur la connaît très bien […]. Il l’a aimée plus que nous ». Jésus a enseigné les mystères du Noùs à Marie, et Judas est le seul qui soit capable de comprendre les mystères des royaumes, la cosmogonie.

Judas dans la Bible

LÉvangile de Judas n’est pas totalement en opposition avec les évangiles canoniques quand il affirme que Judas est le plus grand disciple de Jésus et que sa trahison n’est qu’apparente. Afin d’argumenter dans ce sens, citons pour commencer l’Évangile selon Matthieu :

Et comme ils mangeaient, il dit : « Oui, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. »

Très tristes, ils commencèrent chacun à lui dire : « Est-ce moi, Seigneur ? »

Il répondit : « Celui qui a trempé la main dans le plat avec moi, c’est lui qui va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, selon ce qui est écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Il aurait été bon pour cet homme de ne pas naître ! »

Judas qui le livrait lui dit à part : « Est-ce moi, Rabbi ? »

Il lui répond : « Tu l’as dit ! » (Chapitre 26, Versets 21 à 25.)

Jésus annonce que l’un des apôtres va le livrer, en précisant que c’est un de ses plus proches, « Celui qui a trempé la main dans le plat avec moi ». De plus, il affirme que cet apôtre va connaître des épreuves encore plus difficiles que les siennes au point de regretter d’être venu au monde. On pense tout de suite à Judas qui va se donner la mort lui-même. Mais cela, il ne le sait pas encore et demande donc si c’est de lui que Jésus parle. Il espérait certainement que tout cela se finisse bien, pensant que Jésus ne serait pas condamné à mort par le Sanhédrin.

Il y a plus qu’une brume sur le personnage de Judas dans le Nouveau Testament. En effet, on y trouve même quelques incohérences sur sa personne. Par exemple, dans l’Évangile selon Matthieu, il est torturé par ce que Jésus lui a demandé de faire. Voyant que celui-ci est condamné à mort, l’amour que portait Judas à l’être extérieur de Jésus le tiraille. Il va donc rendre l’argent aux prêtres Juifs et, comprenant qu’il est maudit de tous, se pend. Dans les Actes des apôtres, il s’offre un champ avec l’argent et meurt en chutant accidentellement. Dans l’Évangile selon Matthieu, Jésus est très amical avec Judas lors de l’arrestation, ce qui est supprimé dans l’Évangile selon Jean et parait moins évident dans l’Évangile selon Luc. On aperçoit une déformation progressive de l’image de Judas dès les années 70 après J.C. Rappelons que Marc et Matthieu le présentent comme étant « celui qui le livra » et Luc et Jean comme « celui qui devint un traître ».

Seul l’Évangile selon Jean présente, de manière explicite, un portrait négatif de Judas. Il ne semble pas faire de différence entre être extérieur et intérieur, il ne peut alors qu’envisager la mort de Jésus comme négative. À un moment, l’Évangile selon Jean affirme que Judas, dans sa volonté de livrer Jésus, est possédé par le diable (Chapitre 13, Verset 2). Son interprétation se respecte mais semble ne pas prendre en compte la dimension providentielle de la Passion pour la limiter à une nécessité de la Fatalité. En effet, l’œuvre de Judas est double. D’un côté, il livre son ami à la mort, à la Fatalité qui est une œuvre du Diable. Mais d’un point de vue spiritualiste, il permet à l’être intérieur de Jésus de se libérer de ce monde et d’accomplir les prophéties, qui sont de la Volonté de la Providence divine. Le fait que la Passion du Christ soit voulue par la Providence du Père est un axiome commun aux quatre évangiles.

En effet, Jésus donne son corps, sur ordre de son Père, pour la Réintégration de l’Univers ou - selon la terminologie de l’Évangile de Judas - pour mettre un terme à l’égarement des étoiles, ou encore, selon Jean, pour que le monde reçoive la vie du Dieu suprême ; c’est toute la démarche de la Passion :

"« Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mange de ce pain vivra pour toujours et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. » (Évangile selon Jean, Chapitre 6, Verset 51.)

"« Le Fils de l’homme s’en va, selon ce qui est écrit de lui », car tout homme sensible doit fatalement mourir mais c’est ce qu’il fait de sa vie et de sa mort qui est déterminant.

Les prêtres juifs et les Romains ne se soucient guère des prophéties et ne comprennent pas les intentions de Jésus. Leurs Volontés sont réellement mauvaises. Mais Judas est bien au courant des prophéties et se rend bien compte qu’il joue le jeu de Jésus en le livrant.
Il est donc plus logique et moins contradictoire, de penser que Judas est acteur de la Providence en permettant à la Volonté du Père de se manifester par le don que son Fils fait de lui-même.

D’un autre côté, l’Évangile selon Matthieu nous fait percevoir une interprétation plus positive, se rapprochant de celle de l’Évangile de Judas, tandis que Marc et Luc sont très timides sur le sujet.

Le passage suivant est particulièrement révélateur du voile qui s’est formé autour du mystère de la livraison-trahison dans le Nouveau Testament :

Aussitôt après la bouchée, Satan entra en lui. Et Jésus lui dit : « Ce que tu fais, fais-le vite. »

Mais aucun des convives ne sut pourquoi il disait cela. Comme Judas avait la bourse, certains pensèrent que Jésus lui disait d’acheter ce qu’il faut pour la fête ou de donner quelque chose aux pauvres. Il sortit aussitôt la bouchée prise. C’était la nuit. (Évangile selon Jean, chapitre 13, versets 27 à 30.)

Nous voyons que seul Judas et Jésus comprennent ce qui se passe et qu’aucune explication supplémentaire n’est donnée aux convives (les onze apôtres). La chose paraît passer inaperçue, ce qui explique que Pierre cherche à défendre Jésus lors de son arrestation et que le fameux baiser de Judas ait été mal interprété…

Les Gnostiques utilisaient le baiser comme un symbole de reconnaissance, d’union et de régénération par le souffle et comme symbole du passage de la Foi à la Gnose. Le récipiendaire donnait un baiser au Maître qui lui avait transmis la Gnose, comme on le voit dans la Première apocalypse de Jacques, au paragraphe intitulé « Le passage de Jacques à la Gnose » : « Et le Seigneur lui apparut. Alors il cessa la prière, l’embrassa et lui donna un baiser, en disant : « Rabbi, je t’ai trouvé ! » » [NH V,3 ; 31,3 ; 31,6]. Dans l’Évangile de Philippe, le baiser est interprété comme un acte de génération spirituelle réciproque. Ceux qui s’engendrent mutuellement par un baiser sont des frères les uns pour les autres et non des pères ou des fils, car dans la Gnose tous sont égaux. : « En effet, les parfaits, c’est par un baiser qu’ils conçoivent et engendrent. C’est pourquoi nous aussi nous nous embrassons mutuellement, et c’est par la grâce qui est en nous mutuellement que nous recevons la conception » [NH II, 3 ; 59, 2 ; 59,6].

Le baiser de Judas

Pour continuer sur le thème de Judas dans la Bible, évoquons rapidement l’aspect prophétique de cette dernière. La tradition johannique cite un passage prophétique des Psaumes de l’Ancien Testament pour justifier le fait qu’un proche de Jésus devait le trahir :

Je ne le dis pas de vous tous. Je connais ceux que j’ai choisis. Mais c’est pour accomplir cette écriture : « Lui qui mange mon pain a levé le talon contre moi ». (Évangile selon Jean, Chapitre 13, Verset 18.)

Même mon ami intime en qui j’avais confiance, lui qui mangeait mon pain, il a levé le talon contre moi. (Psaumes, Chapitre 41, Verset 10.)

Malheureusement, le Psaume en question ne précise pas si cet « homme qui a levé le talon contre lui » trahit le Jésus charnel ou le Jésus spirituel.

Le passage de la prière à Gethsémani fait très nettement ressortir ces deux dimensions de Jésus. En effet, à ce moment, tout peut encore arriver et tout dépend de Judas. Jésus prie alors en demandant que cette coupe puisse passer loin de lui mais qu’il en soit fait de la Volonté du Père. On voit bien là deux Volontés au sein du même homme. L’être extérieur veut vivre mais l’être intérieur veut réaliser sa Destinée. On retrouvera ce concept dans cette parole de Jésus : « L’esprit est prompt et la chair est faible » (Évangile selon Matthieu, Chapitre 26, Verset 41).

Il faut envisager que si Judas n’a pas trahi Jésus, Pierre non plus. Il n’est pas ménagé par les évangiles canoniques qui affirment qu’il n’a pas renié Jésus une fois (comme Judas), mais trois fois. Là aussi, Pierre renie Jésus à sa demande mais inconsciemment, à la différence de Judas. La trahison de Pierre consiste dans le fait qu’il ne reconnait pas, lorsque des gens le prennent à partie, avoir suivi Jésus alors que celui-ci va être condamné à mort. Il le renie pour s’éviter les mêmes tortures que lui. Il renonce ainsi à la moindre tentative d’empêcher la mise à mort de son ami. Pierre est le chef désigné de la « Grande Église » et Judas, le guide de l’Église invisible. Jésus les met face à ces épreuves difficiles car il veut leur faire comprendre que maintenant c’est eux qui devront mener l’Église et qu’il faudra qu’ils soient maîtres d’eux-mêmes, responsables et non plus de simples apôtres. Selon les hérésiologues, le reniement du Jésus charnel pour le Jésus Vivant était une étape nécessaire dans l’accomplissement spirituel du Gnostique, notamment dans le Gnosticisme Basilidien. On trouve quelques textes dans la bibliothèque de Nag Hammadi qui utilisent l’image de Pierre de manière identique à celle de Judas, en cela que Pierre, selon eux, avait véritablement connu le Jésus Vivant. Son reniement est celui du Jésus charnel duquel il faut savoir se détacher pour sentir le Christ éternel à tout moment et atteindre sa Plénitude. Nos deux personnages sont donc similaires, l’un et l’autre ayant renié le Jésus charnel pour accomplir la Volonté du Jésus Vivant. De plus, Jésus veut leur faire comprendre que pour être un bon guide, il faut déjà avoir connu le pardon pour pouvoir à son tour pardonner infiniment. Il n’y a donc pas de doute que même le Jésus charnel n’avait aucune amertume contre eux et leur a pardonné cette apparente trahison.

Nous voyons donc que la différence entre le Jésus charnel et le Jésus spirituel est particulièrement importante pour élucider le mystère de la livraison-trahison. Le Psaume ne nous informe pas sur ce détail important mais il est certain que Judas remplit un rôle prophétique et providentiel. Encore une fois, le mystère de Judas est apparent mais non révélé dans la Bible.

Il ressort de ce chapitre que les éléments bibliques sur le personnage de Judas sont minces, peu nombreux et parfois incohérents entre eux. Comme nous l’avons énoncé au début de ce texte, le Nouveau Testament n’a pas pour but d’expliciter des points précis mais de décrire le ministère de Jésus-Christ dans sa globalité. Il faudra donc trouver des informations plus précises dans d’autres textes pour dévoiler le mystère de la livraison-trahison.

Judas par la lettre

Nous pouvons aussi certainement trouver des informations en dehors des évangiles qui nous aideraient à percer plus en avant la personnalité profonde de Judas. Les Juifs accordaient beaucoup d’importance au nom car les lettres sacrées révélaient l’identité de celui qui les portait. Ainsi, nous comparerons le nom de Iehoudah (Judas) d’avec celui de Ieschouah (Jésus).

Carlo Suarès (1892-1976, écrivain et cabaliste français) fait ressortir que le schéma cabalistique de Iehoudah (י ה ו ד ה soit Yod-Hé-Waw-Daleth-Hé qui s’écrit en chiffres 10, 5, 6 ,4, 5) renferme, comme le nom hébreu de Ieschouah (י ה ש ו ה), le tétragramme sacré formé par les quatre lettres YHWH. Mais si le nom de Iehoudah ajoute à Yahvé le Daleth (ד) de la pauvreté spirituelle, celui de Ieschouah place le Schin (ש), le souffle d’Esprit de vie qui emplit tout, au milieu du nom imprononçable, et nous enseigne le mystère qui sépare l’homme potentiel de l’homme divin. Daleth est en effet le symbole d’une porte, d’un passage du monde de l’ignorance vers celui de la connaissance. Daleth est ainsi la première lettre du mot « Dâath », la connaissance. Enfin, il suffit d’associer le Schin (ש) au Daleth (ד) pour obtenir le mot Sched (ד ש) qui désigne le Démon ou ce fameux Satan qui - nous dit l’Évangile selon Jean - s’est emparé de Iehoudah : « Aussitôt après la bouchée, Satan entra en lui » (Chapitre 13, Verset 27). Le passage vers la connaissance est donc plein d’embûches et de difficultés.

En lisant au « sommet » de la lettre, nous voyons alors que l’ennemi de Dieu ne représente rien d’autre que le choc permanent « entre ‘ le souffle ‘ ou métabolisme cosmique et la force de résistance de l’existant », ainsi que l’écrivait Suarès. Iehoudah résiste au souffle de Ieschouah car il pense à l’intérêt de son être extérieur ; il comprend que par cet acte (prendre le morceau et livrer Ieschouah) il sera bien aimé de Dieu mais maudit par le monde terrestre. (Voir en parallèle l’Évangile de Judas, page 45). Là est son seul péché. Celui-ci comme l’explique Ieschouah n’est pas réellement un péché car la tentation fait juste son œuvre. Ensuite Ieschouah lui dit : « Ce que tu fais, fais-le vite » (Évangile selon Jean, Chapitre 13, Verset 27). Voyant la réticence de Iehoudah, il lui donne l’ordre impérieux de faire ce qu’il doit faire. Iehoudah s’exécute alors et va le livrer aux prêtres juifs.

Pourquoi Satan cherche-t-il à faire résister l’homme à la Volonté divine ? Pourquoi cherche-t-il constamment à créer la division entre l’être et son Créateur ? Ieschouah explique dans l’Épitre apocryphe de Jacques (NH I, 2 ; 4,14-5,6) :

Quelle sera votre récompense, si vous faites la Volonté du Père, sans recevoir de lui, comme une part de don, d’être éprouvés par Satan ? Mais si vous êtes opprimés par Satan et persécutés, et que vous fassiez la Volonté du Père, je le dis : Il vous aimera et il vous rendra égaux à moi et il pensera à votre sujet que vous êtes devenus bien-aimés dans sa Providence selon votre choix.

Satan est donc un instrument aveugle de la divinité suprême, inconnaissable et inintelligible, le Grand Esprit Invisible. Celui-ci, pour « la grande économie des âmes », se sert de Satan pour permettre le libre-arbitre et séparer le corruptible de l’incorruptible et laisser venir les êtres à Lui, de leur propre Volonté.

Iehoudah est l’archétype de l’homme qui ne peut comprendre sa Destinée ; il ne peut pas même la porter car elle n’est que source de malheur pour lui dans cette vie. Il a en lui des espérances terrestres, il aime sa vie, son être, et pense à ses intérêts comme tout le monde, mais l’espoir et le désir d’accéder au Royaume du Christ est finalement plus fort. Iehoudah choisit de lui-même « d’amasser des trésors au ciel », comme Ieschouah le conseille si bien dans l’Évangile de Matthieu, Chapitre 6, Versets 19 à 21 :

Ne vous amassez pas de trésors sur la terre où la teigne et la rouille rongent, où les voleurs percent et volent ;

Amassez-vous des trésors au ciel où la teigne ni la rouille ne rongent, où les voleurs ne percent ni ne volent ;

Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.

Si, par sa Volonté, il maîtrise, surmonte son Destin/la fatalité et s’élève finalement vers la Providence du Grand Esprit Invisible, il réalisera sa Destinée. Ieschouah et son Père lui donneront alors l’accès au Royaume. La force de résistance qui essaie de l’éloigner de la Volonté de la Providence constitue le mal véritable. Iehoudah va réaliser sa Destinée puis préférera se libérer de ce monde en se suicidant et rejoindre le lieu de repos et de plénitude que Ieschouah lui a promis. La mort est souvent envisagée comme une libération par les Gnostiques mais ce n’est pas toujours le cas, comme l’exprime très bien un texte faisant partie du corpus retrouvé à Nag Hammadi intitulé Les Sentences de Sextus : « Si quelqu’un expulse le sage hors du corps par violence, il lui fait plutôt du bien : en effet, il a été libéré des liens » (Sentence 322).

Les raisons de la Passion

A ce stade, on peut se poser une multitude de questions concernant la finalité de l’histoire et de ses conséquences qui la rendent si importante. Nous avons vu que Jésus choisit lui-même Judas pour le livrer, mais finalement, pourquoi choisit-il de se livrer ? Quels sont les véritables enjeux de la Passion ? Nous avons vu que même les apôtres n’étaient pas au courant de l’acte que devait commettre Judas et par là même des intentions de Jésus. Alors, pourquoi ce secret ? Mettre au courant tout le monde de la nécessité de l’acte de Judas lui aurait évité d’être maudit par tous ceux qui suivaient le Christ et par l’Histoire elle-même. Alors pourquoi Jésus agit-il ainsi ?

Nous ne répondrons à ces questions que globalement car elles dépassent le sujet de ce texte. Mais il semble important d’en aborder les contours pour apporter quelques éléments supplémentaires qui permettront de pousser la réflexion plus loin.
Pour que le plan de Jésus puisse aboutir, il était absolument nécessaire que la livraison paraisse la plus vraie possible. Personne (du moins ni les prêtres juifs, ni les Romains, ni les disciples) ne devait être au courant des intentions de Jésus sous peine de compromettre totalement la mission. En effet, si les disciples avaient été au courant, ils auraient cherché à éviter à tout prix sa mort. Or, lui, il veut mourir pour ses brebis, pour les protéger et accomplir la Volonté du Grand Esprit Invisible. Il aurait pu s’échapper mais les prêtres juifs et les Romains s’en seraient pris à ses disciples, ne pouvant se venger directement sur lui. Jésus ne pouvait accepter cela, pas plus qu’il ne pouvait accepter que ses disciples le défendent. Il aurait pu aussi se livrer lui-même mais cela n’aurait-il pas éveillé les soupçons ? C’est ce qui explique l’absolue nécessité de faire passer Judas pour ce qu’il n’était pas : un traître.

Précisons ici que nous abordons la notion positive du sacrifice. Jésus et Judas renoncent à leur vie terrestre, à leur être extérieur (d’eux-mêmes et à la demande de la Providence) pour l’intérêt général. Dans certains passages de l’Évangile de Judas (par exemple « La vision du Temple », page 38), nous trouvons aussi l’approche négative du sacrifice, en cela que celui-ci est demandé par une Volonté prévaricatrice (Saklas) et qu’il est non accepté par l’être sacrifié, non constructif et destructeur. Cette Volonté maléfique influence les prêtres Juifs qui veulent tuer Jésus pour mettre un terme à son ministère et le faire oublier. Celui-ci va accepter son sort et va même le maîtriser car la Providence du Grand Esprit Invisible se joue de la Volonté maléfique et la prend à son propre piège.

Les visions qu’ont les apôtres sont prémonitoires mais l’avenir est toujours en mouvement (Judas ne sera pas lapidé par les disciples par exemple). « La vision du Temple » nous indique que les disciples et leurs successeurs (les prêtres), qui n’ont pas encore la Gnose, risquent de pervertir l’enseignement du Maître, malgré eux, à cause de leurs incompréhensions, ou encore - comme c’est le cas de Paul - en voulant vulgariser l’enseignement pour toucher le plus grand nombre. (Voir 1ère Épitre de Paul aux Corinthiens, Chapitre 3, Versets 1 à 3). Ils risquent de perpétuer le culte sacrificiel aux faux-dieux (sur le culte des sacrifices de sang pour laver les péchés (voir Épître de Paul aux Hébreux, Chapitre 9, Versets 1 à 20) car, n’ayant pas encore connu le vrai Dieu, ils ne saisissent pas encore l’importance qu’il y a de séparer le Christianisme d’avec les coutumes et rituels juifs. L’Évangile de Judas est un écrit gnostique qui cherche à alerter, à mettre en garde contre les églises judéo-chrétiennes qui fleurissent dès le Ier siècle.

En vérité, je vous le dis, tous les prêtres qui se tiennent devant cet autel invoquent mon nom. Et encore, je vous le dis, mon nom a été écrit sur […] des générations stellaires par les générations humaines. Et ils ont planté des arbres sans fruits, en mon nom, de manière honteuse [18]. (Évangile de Judas, page 38.)

Pour les auteurs de l’Évangile de Judas, page 40, les prêtres sont les ministres de l’égarement :

Car aux générations humaines il a été dit : « Voici, Dieu a reçu votre sacrifice des mains des prêtres » – « prêtres, c’est-à-dire un ministre de l’égarement. Mais c’est le Seigneur qui commande, lui, le Seigneur de l’Univers. Lorsque viendra le dernier jour, ils seront couverts de honte. »

En donnant un enseignement adapté et donc vulgarisé, ils enferment leurs disciples dans un certain niveau de conscience et les empêchent d’arriver à la pleine compréhension. On retrouve exactement la même idée dans l’Évangile de Thomas, Logion 102. Pire, l’Évangile de Judas met aussi en garde les Chrétiens contre les églises mal intentionnées du monde en général qui, elles, ne cherchent qu’à tromper tout court, « de manière honteuse ».

Les prêtres juifs ne peuvent supporter que Jésus défende la révision de la Loi de Moïse (pour l’accomplir), qu’il remette en cause leurs croyances, leurs pratiques et leurs pouvoirs. Jésus prend la décision de se livrer car plutôt que de fuir et de se cacher - ce qui ne lui aurait pas été difficile - il veut contrôler sa vie jusqu’au bout. Il est le Maître de la Passion ; c’est lui qui dirige les événements et retient toute l’attention. Il fait confiance à la Providence dont il entend les Volontés. Les prêtres juifs et les Romains sont pris au dépourvu et, par la force des choses vont faire exactement ce que Jésus espérait d’eux. Aveuglés par leur haine, les prêtres et les Romains ne comprennent pas qu’ils construisent et travaillent pour sa gloire. En effet, il sera glorifié pour les siècles des siècles et son message d’amour s’inscrira dans la postérité. Comme nous l’avons dit au début du texte, Judas n’est pas un acteur de la Fatalité comme les ennemis de Jésus. Il était tout à fait au courant des plans de son Maître et des prophéties le concernant. Il ne peut donc pas être assimilé à la Volonté maléfique comme l’Évangile de Jean l’annonce dans le chapitre 13.

Le but de la Providence est d’immortaliser l’acte ignoble de la condamnation de Jésus, le pur, le juste, et de montrer toute l’injustice dont sont capables les forces aveugles qui gouvernent ce monde. Jésus veut aussi nous indiquer que les seuls sacrifices qui sont utiles et purifient les péchés sont ceux du cœur : renoncer à sa Volonté, voire à sa Vie pour la bonne cause et penser à l’intérêt général. Les prêtres juifs le sacrifient à leur Dieu et Jésus se sacrifie au vrai Dieu, le Grand Esprit Invisible. Mais le but de la Providence est avant tout de rendre éternel le Fils de l’Homme, le grand Seth, l’image de la génération incorruptible et de rappeler à tous les hommes qu’il est enfoui au fond d’eux une parcelle du divin, et que l’homme peut trouver sa condition glorieuse, sa Plénitude. C’est aussi la Volonté de manifester toute l’impuissance de Ialdabaôth. En effet, celui-ci ne peut « clouer au bois » que sa propre création, l’homme extérieur. L’Homme intérieur, qu’il cherche en réalité à combattre, est vivant et libre à jamais car il en est ainsi de la Volonté du Grand Esprit Invisible. C’est aussi montrer toute l’ignorance de l’archonte sur la réalité divine et son entêtement à vouloir la combattre et à se faire passer pour l’unique dieu.

La Passion poursuit bien d’autres buts que ceux explicités ci-dessus mais ce sont là des sujets n’ayant qu’un seul rapport avec Judas : celui-ci a été l’instrument que la Providence du Grand Esprit Invisible a utilisé pour que tout puisse être manifesté.

Le sort final de Judas

Dans l’Évangile de Judas (page 44), Jésus affirme que Judas n’entrera pas dans la maison sainte :

Judas lui dit : « Dans la vision, je me suis vu lapidé et persécuté (45) par les douze disciples. Et je suis arrivé en ce lieu où […] après toi. J’ai vu une maison et mes yeux n’ont pu embrasser sa grandeur. Des gens nobles se pressaient autour, et cette maison-là avait un toit de feuillage, et au milieu de la maison il y avait une foule (une ligne perdue), et je m’adressais à toi disant : ‘Fais-moi entrer là, moi aussi, avec ces gens !’ »

Jésus dit en réponse : « Judas ton étoile t’a fourvoyé. »

Il poursuivit : « Non, aucun être né de mortels n’est digne d’entrer dans cette maison que tu as vue car c’est un lieu réservé aux saints. »

Ici, Judas a une vision dans laquelle il est lapidé par les autres apôtres. Après avoir été tué, il se voit tout de suite devant les maisons saintes du Plérôme et Jésus lui répond alors qu’il s’est laissé fourvoyer, emporter par ses désirs, et que nul être né de mortels n’est digne d’entrer dans ces maisons saintes.

Beaucoup ont pensé que Judas était donc condamné, mais en lisant plus attentivement, on se rend compte que cette affirmation concerne toute l’humanité. Ce n’est pas si surprenant car les maisons saintes se trouvent dans les éons du Plérôme, proches de Daveîthaî, le troisième luminaire, et l’homme incarné ne peut s’y rendre directement. Jésus veut nous faire comprendre que pour accéder au Plérôme, nous devons laisser mourir notre être extérieur, le corps et son mental, car ceux-ci n’entreront jamais dans la vie divine.

Juste avant le passage ci-dessus, Jésus dit :

Les âmes (Néphésh) de chaque génération humaine mourront. Lorsque ces personnes auront consommé leur temps de royaume, et que l’esprit s’en séparera, leurs corps mourront mais leurs âmes (Rouah, voir les cinq âmes dans la Kabbale) recevront la vie, et elles seront emportées en haut. (Évangile de Judas, page 42.)

En effet, seul notre être intérieur et divin pourra accéder au Plérôme. Il est ici fait allusion à l’élévation spirituelle de l’âme après la mort et aux différents lieux qu’elle devra traverser avant d’être réintégrée dans le Plérôme. Il y a donc une ou des étapes intermédiaires entre la vie terrestre et le Royaume divin, en fonction de l’élévation spirituelle accomplie dans la vie terrestre.

Dans l’Évangile de Judas (pages 46 et 57), Jésus lui dit : « Tu deviendras le treizième, et tu seras maudit par les autres générations – et tu régneras sur elles » et « ton étoile régnera sur le treizième éon ».

Il lui dit très clairement que le treizième règne sur les douze autres et que ces douze étant encore sous l’emprise de l’ignorance, ils le maudiront, mais cela n’empêchera pas qu’il règne sur eux. Les apôtres adorent encore le faux dieu et Judas appartient désormais au vrai Dieu qu’ils ne connaissent pas. Les douze représentent à eux tous les trois premières générations d’hommes, et Judas représente à lui seul la génération des Gnostiques (la race sans roi). Les trois autres générations correspondent à l’ordre de l’imitation (hylique, charnel), à l’ordre du souvenir (psychique) et à l’ordre des spirituels (Voir Livre des secrets de Jean BG II ; NH III ; 64,13-71,2 ou NH II ; 25,16-27,31). Judas règnera sur les douze éons et sur le treizième avec son Dieu. Il accède donc aux éons du surcéleste. Les douze apôtres sont le type des douze éons et sont en corrélation avec les douze constellations. Ils sont aussi le prototype des douze éons du Plérôme (Voir Première apocalypse de Jacques, Codex Tchacos 22,24-23,4). Judas, en tant que treizième apôtre, est lié à la treizième constellation. Elle représente à elle seule une génération entière, celle des Gnostiques, des « allogènes » qui sont étrangers au monde d’en bas et à son dieu. Judas sera donc le passeur du treizième éon, celui qui donnera l’accès au surcéleste à qui en est digne. Finalement, il fera face au Seigneur Sabaôth, qui de par sa nature archontique a le rôle inverse, c’est-à-dire empêcher ceux qui ne possèdent qu’une connaissance déficiente d’accéder à la nuée lumineuse. Celle-ci est la porte vers les royaumes supérieurs (surcéleste). Elle rend invisible le Trône du Seigneur Sabaôth (Voir Livre des secrets de Jean BG II ; NH III ; 38,7-38,15 ou NH II ; 10,15-10,17), la partie la plus haute du treizième éon et, par là-même, les éons supérieurs. Bien sûr, l’invisible est présent à tous les niveaux de l’Univers car le visible procède de l’invisible. Le surcéleste a la particularité de ne contenir aucune contrepartie matérielle et psychique : c’est le passage du monde des idées au monde des formes. La nuée lumineuse dématérialise donc les étoiles en vue de leur Réintégration dans le Plérôme. Elle joue aussi un autre rôle, celui de rendre invisible le monde des âmes car, en faisant devenir invisible le Trône du Seigneur Sabaôth, elle donne aussi l’invisibilité à toute sa hiérarchie. Quant à l’archonte Ialdabaôth, il est toujours invisible avec toute sa hiérarchie car il s’est créé une nuée ténébreuse suite à sa chute du Trône. Dans l’Ancien Testament, on retrouve, à de nombreuses reprises, cette notion de double nuée (Voir, par exemple, Exode, Chapitre 14, Versets 19 à 20) ainsi que dans le Nouveau Testament (Voir par exemple l’Évangile selon Matthieu, Chapitre 17, Verset 5).

D’un point de vue plus mental et plus moderne, on peut dire que le surcéleste est la zone de l’Univers où la fréquence vibratoire de la matière est la moins élevée. A contrario, c’est la zone de l’Univers où la fréquence vibratoire de l’âme est la plus élevée. Les Gnostiques connaissaient ces informations mais les traduisaient avec l’intelligence du cœur. Leurs schémas cosmogoniques respectent donc pleinement les lois du monde vibratoire.

Judas est clairement le type de l’homme initié par la divinité aux mystères cachés. Il peut être rapproché de l’Asclépios des Grecs ou de l’Imhotep des Égyptiens. En effet, il est le guérisseur des âmes et celui qui permettra à celles-ci de vaincre la mort.

Dans l’Apocalypse de Paul (Voir NH V ; 23,30-24,7), nous trouvons un cas similaire à Judas, dans le sens où Paul accède lui-aussi aux éons du surcéleste, à la Décade plus précisément. Paul n’est cependant pas lié à une constellation particulière, ne faisant pas partie des treize apôtres. Précisons ici qu’aucun des apôtres n’est lié aux cinq éons du sublunaire mais certains d’entre eux auront un rôle à y jouer. Les Douze sont donc en lien, en tant qu’apôtres, avec les douze éons du sublunaire-céleste et aux douze constellations, mais en tant qu’individu, ils sont destinés aux douze éons du céleste-surcéleste.

Jésus victorieux

Après ces courtes explications, non suffisantes pour le public non averti, décrivons maintenant le schéma complet de la cosmogonie gnostique, ce qui nous amènera à préciser l’éon du surcéleste auquel est destiné Judas.

Commençons par préciser le sens du mot « éon ». Il renvoie à la notion d’espace-temps, qui peut aussi se retrouver dans le terme « ciel ».

Malgré un nombre d’éons dans le céleste-surcéleste et le Plérôme qui peut varier dans certaines cosmogonies gnostiques, le schéma cosmogonique général, lui, reste le même (sublunaire, céleste, région intermédiaire, surcéleste, région intermédiaire et Plérôme).

L’Évangile de Judas (comme d’autres évangiles gnostiques Barbèlô-Séthiens) nous informe qu’il existe douze éons dans le Plérôme et douze autres contenus dans le céleste -surcéleste. Pour être plus précis, les évangiles nous indiquent que les douze éons du céleste-surcéleste sont disposés du premier au douzième, de bas en haut. Bien entendu, nous comptons, dans les douze éons du céleste-surcéleste, les sept éons contenus dans le céleste et les cinq éons contenus dans le surcéleste (dont le 9ème éon, celui d’Achamôth, la Sophia déficiente). Le Plérôme comporte aussi douze éons, mais cette fois l’échelle est inversée par rapport au céleste-surcéleste, et du treizième éon, on passe au douzième (celui du Logos) puis au onzième pour remonter jusqu’au premier. Le treizième éon se présente donc comme une zone intermédiaire reliant le céleste-surcéleste (1 à 12) et le Plérôme (12 à 1). Il faut alors compter sur treize éons au lieu de douze, le céleste comprenant ainsi les huit premiers éons (les 7 sphères d’influence des 7 astres mobiles) et le huitième éon, celui de l’Ogdoade (des étoiles dites fixes dû à leur immobilité apparente). Les sept éons du céleste correspondent à notre système solaire et le huitième, à la partie la plus haute du reste de l’Univers visible. Par similarité avec le treizième éon, le huitième forme une région intermédiaire reliant le céleste et le surcéleste. Ce dernier dénombre toujours cinq éons puisqu’il englobe alors le treizième.

Il faut faire attention de ne pas confondre les deux régions intermédiaires qui forment toutes les deux « un treizième éon ». En effet, les huit éons du céleste forment un total de treize éons avec les cinq éons du sublunaire mais aussi avec les cinq éons du surcéleste. On trouve par exemple, dans des évangiles, comme Pistis Sophia, le terme employé pour désigner la plus haute partie du surcéleste alors que dans d’autres, il désigne l’Ogdoade. Dans l’Évangile de Judas, le terme semble désigner autant l’un que l’autre. Cela n’a que peu d’importance dans le contexte car Judas se tiendra dans l’Ogdoade, dans la treizième constellation en tant qu’apôtre, et accèdera aussi dans son évolution personnelle au treizième éon du céleste-surcéleste. En effet, on ne peut donner l’accès aux éons du surcéleste que si on y a accès soi-même.

On peut aussi partir d’une vision tripartite de l’Univers, matérielle, psychique et spirituelle. La zone matérielle de l’Univers, où règne la mort et la réincarnation, se compose de l’espace sublunaire (cinq éons) et des cinq premiers éons du céleste (La Lune, le Soleil, et les trois astres telluriques selon l’ordre Égyptien). La zone psychique, elle, correspond aux trois éons suivants du céleste, et la zone spirituelle aux cinq derniers éons (surcéleste). Seuls les Élus atteindront le surcéleste puis s’élèveront dans les maisons saintes du Plérôme. En effet, les Gnostiques départageaient les hommes qui seront sauvés et réintégrés dans le Plérôme en deux catégories : ceux qui ont reçu la Vocation et ceux qui ont reçu l’Élection. Les psychiques qui ont reçu la Vocation (Voir Livre des secrets de Jean BG II ; NH III ; 64,13-71,2 ou NH II ; 25,16-27,31) atteindront le huitième éon et réintégreront ensuite le Plérôme selon certaines commodités (Voir Livre des secrets de Jean BG II ; NH III ; 35,20-36,15 ou NH II ; 9,11-9,24). Judas étant le guide de l’Église invisible, il accèdera au treizième éon puis aux maisons saintes du Plérôme.

Rappelons qu’au début de l’Évangile de Judas, Jésus dit à Judas que celui-ci trouvera même le Royaume du Dieu suprême mais au prix de maintes afflictions (page 33). Puis, page 46, Jésus prend Judas à part pour l’instruire sur ce monde caché :

Viens, que je t’instruise des choses cachées que nul n’a jamais vues. Car il existe un Royaume grand et illimité, dont aucune génération d’anges n’a vu l’étendue, dans lequel il y a le Grand Esprit Invisible, qu’aucun œil d’ange n’a jamais vu, qu’aucune pensée du cœur n’a jamais embrassé, et qui n’a jamais été appelé d’aucun nom. (Évangile de Judas, page 46 ; voir aussi Prière de Paul, Première Épitre de Paul aux Corinthiens, chapitre 2, verset 9, et le logion 17 de l’Évangile de Thomas.)

Jésus lui communique la vision spirituelle, les pensées du cœur qui permettent d’embrasser le Grand Esprit Invisible, et lui transmet le secret du Nom divin. En effet, ce sont les critères majeurs d’accessibilité que l’être intérieur doit posséder pour pouvoir remonter jusqu’au Royaume suprême.

Ce monde se situe au-delà de tous les lieux dont nous avons parlés précédemment (céleste, surcéleste et Plérôme). « Le royaume grand et illimité, qui fait partie des choses cachées » est l’équivalent de l’Éin-sof des Kabbalistes. Il se manifeste dans le silence (Voir Livre des secrets de Jean BG II ; NH III ; 31,10-31,11 ou NH II ; 7,3-7,4), en une triple ogdoade d’éons selon le Livre sacré du Grand Esprit Invisible (Voir NH III ; 42,1-43,7) ou en une Décade d’éons qui constitue « l’Homme primordial androgyne » selon le Livre des secrets de Jean (Voir BG II ; NH III ; 29,8-29,18 ou NH II ; 6,3-6,10).

En réalité, le monde dont parle Jésus à Judas (Éin-sof), n’est pas accessible à l’humain et la destination la plus haute qui soit est l’éon de Kalyptos, « la cachée ». Il correspond au monde de la Connaissance suprême du Grand Esprit Invisible (Voir Les Trois Stèles de Seth NH VII ; 122,14-122,18). C’est l’Ombre du Père, d’où l’Initié devenu « Image de l’Homme parfait véritable » pourra accéder à l’Énnoia de grandes réalités et contempler le monde de la lumière divine (Éin-sof-aur), illimitée (Éin-sof) et cachée (Éin). Pour accéder à Kalyptos, il est indispensable de posséder une pensée androgyne, c’est-à-dire une pensée sage et harmonieuse, pleine d’Intellect et sortie de toute dualité.

Le Grand Esprit Invisible, règne sur les Touts depuis le monde du non-être, le monde apophatique (Éin, Éin-sof), à jamais inaccessible à l’humain.

Ensuite, vers la fin de l’Évangile, Jésus sépare Judas de ceux qui offrent des sacrifices à Saklas :

Mais toi, tu les surpasseras tous ! Car tu sacrifieras l’homme qui me sert d’enveloppe charnelle [19] !

Déjà ta corne s’est dressée,

Ton courroux s’est enflammé,

Ton étoile a brillé de tout son éclat,

Et ton cœur a toute sa force [20].

En vérité, je te le dis : tes derniers (environ une ligne de perdue) devenir (environ deux lignes de perdues) l’archonte étant anéanti, et alors le modèle [21] de la grande génération d’Adam sera exalté, car avant le ciel, la terre, et les anges, cette génération-là, qui est issue de ces Royaumes [22], existe. Voici, tout t’a été révélé. Lève tes yeux, et vois la nuée et la lumière qui s’y déploie, et les étoiles qui l’entourent ! L’étoile qui est en tête de leur cortège est ton étoile [23] ! (Évangile de Judas, page 59.)

Ici, Jésus insiste sur la supériorité de Judas qui a dressé sa corne et enflammé son courroux contre Saklas et sa fausse instruction. Il les surpassera tous en permettant le sacrifice de l’être qui sert d’enveloppe charnelle à Jésus, et s’associe ainsi au sacrifice que celui-ci fait de sa Volonté pour le bien commun. De plus, Judas lui-même va contre sa propre Volonté pour aller dans le sens du Grand Esprit Invisible. Les autres pratiquent des sacrifices inutiles et malveillants à Saklas. Ensuite, Jésus insiste sur l’éclat de l’étoile de Judas et sur la force qu’en a reçu son cœur. Du fait de sa connaissance, Judas s’oppose aux faux dieux, ce qui rend à son étoile sa lumière originelle qui peut alors transmettre la force divine dans son cœur.

Pour les Gnostiques, dire que le cœur de Judas a reçu toute sa force, c’est révéler l’identité divine de celui-ci. C’est insister sur le fait que son âme a pu s’éveiller à l’intelligence du cœur et à la réalité divine. Tous ces éléments reviennent à assimiler Judas à la « grande génération sans roi », c’est-à-dire à la génération non dominée par les douze archontes et leur dieu. En effet, Judas a dressé sa corne et celle-ci est symbole de royauté dans la tradition judéo-chrétienne. Dans une approche spiritualiste, on parlera de royauté de l’être et non de l’avoir. Les Gnostiques utilisaient cette image pour symboliser la renaissance spirituelle d’un homme devenu maître de lui-même, roi de sa personne, qui a atteint la maîtrise de soi. À partir de ce moment, Judas n’aura plus jamais d’autorité, plus de roi au-dessus de lui puisqu’il a rompu tous les liens d’avec la domination et la tentation. Il sait s’auto-gérer, sa Volonté étant constamment en harmonie avec celle du Tout.

Judas, puisqu’il est en tête du cortège des Gnostiques, des Élus qui accèdent à la nuée lumineuse, a directement pour destination post-mortem, le treizième éon du céleste-surcéleste, le lieu des Élus qui sont re-nés (nés du souffle de vie du Grand Esprit Invisible cette fois) et qui réintégreront ensuite les maisons saintes du Plérôme.

Judas accède donc à un certain niveau de perfection individuelle et y trouve le salut et la royauté spirituelle. Cela ne signifie pas la perfection divine, car pour les Gnostiques, l’évolution est quasi infinie puisque l’on est censé monter de plus en plus haut dans les éons. Comme nous l’avons vu, ces éons sont illimités et toujours de plus en plus grandiose, ineffable.

Telle est la Bonne Nouvelle de Judas.


Pour conclure, nous avons vu que les évangiles canoniques sont assez vagues sur le personnage de Judas. Nous savons grâce à eux qu’il est un des Douze et qu’il tient la bourse du groupe. Nous apprenons aussi qu’il livra Jésus et qu’il se suicida. Tout cela reste assez incomplet et c’est peut-être cette brume qui entoure le personnage dans le Nouveau Testament qui a créé autant d’incompréhension.

L’Évangile de Judas a deux buts existentiels qui diffèrent de ceux des évangiles canoniques. En premier lieu, il révèle les mystères entourant le personnage de Judas et les secrets d’un passage du Nouveau Testament : la Passion. Il est à noter que l’histoire s’arrête au moment de la livraison, l’Évangile de Judas conclut :

Ils s’approchèrent de Judas et lui demandèrent : « Que fais-tu ici ? Toi, le disciple de Jésus ? » Judas leur donna la réponse qu’ils souhaitaient. Et il reçut de l’argent et le leur livra.

L’épisode de la Passion n’est nullement évoqué, mais celui décrit dans cet évangile se situant juste avant, il est indispensable pour une bonne compréhension de la Passion du Christ.

Le deuxième but poursuivi par cet Évangile est d’apporter aux lecteurs la possibilité d’entrer en contact avec l’enseignement cosmogonique du Maître.

Nous avons donc, d’une part, un évangile plutôt spécifique, et, d’autre part, quatre évangiles qui s’emploient à décrire, de manière moins précise, le ministère de Jésus-Christ dans sa globalité. Mais tout indique qu’au-delà de ces différences, l’Évangile de Judas n’est pas totalement en contradiction avec le Nouveau Testament en affirmant que Judas ne trahit pas Jésus mais le livre pour que la Volonté du Grand Esprit Invisible soit réalisée.

Bibliographie

Évangile de Marie avec les commentaires de Jean-Yves Leloup, aux Editions Albin Michel.
Évangile de Judas traduit et commenté par Rodolphe Kasser, Marvin Meyer et Gregory Wurst avec la collaboration de François Gaudard, aux Editions Flammarion 2008.
Ancien Testament, volume 1 et 2, aux Editions Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade.
Nouveau Testament, aux Editions Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade.
L’Épitre apocryphe de Jacques, Bibliothèque de Nag Hammadi, aux Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.
Les Sentences de Sextus, Bibliothèque de Nag Hammadi, aux Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.
L‘Évangile de Philippe, Bibliothèque de Nag Hammadi, aux Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.
Première apocalypse de Jacques, Bibliothèque de Nag Hammadi, aux Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.
Livre sacré du Grand Esprit Invisible, Bibliothèque de Nag Hammadi, aux éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.
Livre des secrets de Jean, Bibliothèque de Nag Hammadi, aux éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.
Les Trois Stèles de Seth, Bibliothèque de Nag Hammadi, aux éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.

Notes

[1] Littéralement : « exerçant (ou pratiquant) leur piété » (du grécopte précédé et suivi de l’égycopte eur gumnaze etmntnoute, voir I Timothée (4,7)

[2] Égycopte puis grécopte eukharisti.

[3] La scène rappelle, en partie, les récits du dernier repas, particulièrement la bénédiction du pain, ou les descriptions d’un autre aliment sacré propre aux traditions juive et chrétienne. Le langage spécifique employé ici évoque plus encore la célébration de l’eucharistie chrétienne ; voir les autres critiques faites dans l’Évangile de Judas sur les formes de vénération au sein de l’émergente Église orthodoxe. Sur le sourire de Jésus, voir Deuxième Traité du Grand Seth (56) ; Apocalypse de Pierre (81) ; plusieurs autres passages dans l’Évangile de Judas. L’égycopte sôbe qu’on rencontre ici et plus loin peut être traduit par « sourire », « rire », « se moquer », etc.

[4] Où : « eucharistie » (grécopte eukharistia).

[5] Où : « Qu’avons-nous donc fait ? Ce qu’il convient ? »

[6] Ou est-ce une interrogation ? « dieu », présenté ici comme celui des disciples, est non pas l’Être suprême mais un dieu inférieur, l’archonte de ce monde.

[7] Voir la confession de Pierre dans l’Évangile selon Matthieu (16,13-20), l’Évangile selon Marc (8, 27-30) et l’Évangile selon Luc (9, 18-21). Ici, cependant, les disciples confessent à tort que Jésus est le fils de leur propre Dieu. Cette affirmation des disciples peut tout aussi bien être traduite par une interrogation, laquelle peut encore avoir la valeur d’une affirmation renforcée : « Toi, n’es-tu pas le fils de notre Dieu ? » (c’est-à-dire : « Nous savons que tu l’es, nous te connaissons, ce qui nous permet d’écouter, sans toujours les comprendre et les accepter, tes critiques paradoxales »).

[8] C’est ici la déclaration introductive habituelle qu’on trouve dans les dires de Jésus aux premiers temps de la littérature chrétienne. Ici et ailleurs, à une exception près, dans l’Évangile de Judas et dans d’autres textes séthiens, la déclaration est donnée avec le mot copte hamên (de l’hébreu amen).

[9] Dans l’Évangile de Judas et dans d’autres textes séthiens, les générations humaines sont distinguées de « cette génération là » (du copte tgenea etmmau), la grande génération de Seth, c’est-à-dire des Gnostiques. Seuls ceux de « cette génération là » connaissent la vraie nature de Jésus. Ailleurs dans la littérature séthienne, par exemple dans l’Apocalypse d’Adam, le peuple de Seth peut, de façon similaire, être décrit comme « ce peuple là » (du copte nirôme etmmau).

[10] Peut-être : [ses acolytes]

[11] La restauration est partiellement incertaine. Ici Jésus indique que la colère montant du cœur des disciples est provoquée par leur dieu, qui est en eux. Jésus les défie de permettre à la vraie personne, la personne spirituelle, de venir à expression et de se tenir devant lui.

[12] Ici et ailleurs dans le texte, « esprit », signifie apparemment « composante vitale de la personne » ; voir Évangile de Judas (43 ; 53)

[13] Parmi les disciples, seul Judas a la force de se tenir devant Jésus, ce qu’il fait avec crainte, modestie et respect. Sur le fait que Judas détourne les yeux de Jésus, voir Évangile de Thomas (46), où il est dit que tous devraient se montrer modestes en baissant les yeux devant Jean-Baptiste.

[14] Ou « de l’éon immortel » (ici et plus loin).

[15] Dans l’évangile de Judas, c’est Judas lui-même qui confesse véridiquement qui est Jésus. Confesser que Jésus vient de l’immortel Royaume (ou éon) de Barbèlô revient à professer, en termes séthiens, que Jésus vient du divin Royaume d’en haut et qu’il est le fils du Dieu suprême. Dans les textes séthiens, Barbèlô est la Mère divine de tous, souvent définie comme la Prescience (pronoia) du Père, l’Esprit infini. Le nom de Barbèlô semble être basé sur la forme du tétragramme, le saint nom de Dieu en quatre lettres dans la tradition juive, et il vient apparemment de l’hébreu, peut-être « Dieu (El) en (b-) quatre (arb[a]) ». Pour des représentations de Barbèlô dans la littérature séthienne, voir Livre secret de Jean (II, 4-5) ; Livre sacré du Grand Esprit Invisible (aussi appelé Évangile égyptien, Nag Hammadi, Codex (III, 42, 62, 69) ; Zostrien (14, 124, 129) ; Allogène l’Étranger (51, 53, 56) ; Prôtennoia trimorphe (38).

[16] Celui qui a envoyé Jésus est le Dieu ineffable. L’ineffabilité du divin est également affirmée dans l’Évangile de Judas, (47), et elle est mise en valeur dans les textes séthiens comme le Livre secret de Jean, le Livre sacré du Grand Esprit invisible, et Allogène l’Étranger. Dans l’Évangile de Thomas (13), Thomas dit de façon similaire à Jésus : « Maître, ma bouche est tout à fait incapable de dire à qui tu es semblable. »

[17] Le Royaume du Dieu suprême.

[18] Cette phrase semble être une critique de ceux qui prêchent au nom de Jésus mais proclament un évangile au contenu infructueux. On retrouve la même évocation d’arbres portant ou ne portant pas leurs fruits dans l’Apocalypse d’Adam [76, 85] ; voir l’Évangile de Judas (43).

[19] Où : qui me sert d’habit. Jésus enjoint à Judas de faire ce qu’aucun autre disciple ne fera : l’aider à sacrifier le corps charnel qui supporte ou « habille » le vrai moi spirituel de Jésus. La mort de Jésus, avec l’aide de Judas, est envisagée comme la libération de la personne spirituelle intérieure.

[20] Sur les lignes empreintes de poésie décrivant la façon dont Judas est préparé à son triomphal acte salvateur de livraison-trahison, voir Psaumes (75, 5-6 ; 89, 18,25. 92,11 ; 112,9-10), Zacharie (2, 4), etc.

[21] Du grécopte tupos, plus vraisemblablement que topos, « lieu ».

[22] C’est-à-dire : la génération de Seth est une génération préexistante issue de Dieu.

[23] Judas est littéralement l’étoile-guide, la « star », la vedette humaine du texte.

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  • La mission des Français, par Yves-Fred Boisset
  • L’Alchimie, par Annie Delcros
  • La personne humaine dans l’œuvre de Carl Gustave Jung, Tome 2, Âme et spiritualité, par Didier Lafargue
  • Discours sur l'Ésotérisme maçonnique, par Jean-Étienne Marconis de Nègre
  • Hommage à Joséphin Péladan, première partie :
    • 1 - Le Destin de Péladan, par Paul Courant
    • 2 - Méditation pour prêtres et séminaristes, par Joséphin Péladan
    • 3 - Minuit de Noël au pays de Tristan, par Joséphin Péladan
    • 4 - Une visite à la veuve du Maître (28 septembre 1924), par Marie-Thérèse Latzarus
    • 5 - Prédiction de l'abbé Lacuria, l'auteur des harmonies de l'être, par Joséphin Péladan
    • 6 - Conte de Pâques, par Joséphin Péladan
    • 7 - La poétique de Péladan, « la queste du Graal » et les écrivains symbolistes, par Alain Mercier
  • Les livres et les revues

Le numéro 2 de 2019

Dernier numéro : 2 de 2019 - Cliquez sur l'image pour le téléchargerPantacle Martiniste

  • Éditorial, Ésotérisme et Exotérisme, par Bruno Le Chaux
  • Le travail spirituel dans la voie bouddhique, par Christine Tournier
  • Alexandra David-Néel, de l’Inde au Tibet, de l’hindouhisme au bouddhisme, par Michèle Quatremare
  • Le dragon, ennemi intime, par André Pinto
  • Le Graal, par Jérôme Levasseu
  • Richard Wagner, par Annie Delcros
  • Hommage à Joséphin Péladan, deuxième partie :
    • 1 - Le souvenir de Péladan, par Camille Mauclair
    • 2 - Le chevalier Adrien Péladan (1815-1890), par Joanny Bricaud
    • 3 - La harpe de Cléden, par Joséphin Péladan
    • 4 - Joséphin Péladan, Auguste Strinberg et le Symbolisme de l’or, par Alain Mercier
    • 5 - La Pâque de Parsifal, légende de Pâques, par Joséphin Péladan
  • Les revues

Le numéro 3 de 2019

Dernier numéro : 3 de 2019 - Cliquez sur l'image pour le téléchargerPantacle Martiniste

  • Éditorial, par Yves-Fred Boisset
  • Une vision maçonnique de l’Orient éternel, par Brigitte Marquès
  • Notre pire ennemi : l’indifférence, par Christine Tournier
  • Les Esséniens, par Flavius Josèphe
  • Le Concile de Nicée, par Eugène Nus
  • La Gnose et L’Église Gnostique moderne, par Jean Bricaud
  • Jules Doinel et la renaissance de l’Église Gnostique - Première partie :
    • 1 - Nirvana (poésie)
    • 2 - Les Gnostiques d’Orléans (Le martyr Étienne)
    • 3 - La Gnose de Valentin
    • 4 - Première Homélie sur la Sainte Gnose (A l’Église du Paraclet)
    • 5 - Basilide
  • Hommage à Joséphin Péladan, troisième partie :
    • 1 - De l'insuffisance de la critique philosophique, par Paul Lacuria
    • 2 - L'esthétique Rose+Croix à Nancy-Artiste en 1886-1888, Joséphin Péladan, Stanislas de Guaita et F. Vurgey, par Alain Mercier
    • 3 - Joséphin Péladan et les symbolistes roumains, par Alain Mercier
    • 4 - Péladan, Verlaine et le mouvement esthétique hollandais, par Alain Mercier
    • 5 - Le retour de Samothrace par Joséphin Péladan
  • Poème de Anne Thiolat
  • Les livres

Dernier numéro

En 2013, la Revue L'Initiation, fondée en 1888 par Papus, devient une revue en ligne téléchargeable gratuitement sous forme de fichier pdf et prend le nom de revue L'Initiation Traditionnelle tout en conservant la même ligne éditoriale.

Numéro 2 de 2021

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Téléchargez gratuitement l'intégralité des 235 anciens numéros de la nouvelle série de la Revue L'Initiation (de 1953 à 2012) disponibles au format pdf.

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Téléchargez gratuitement 244 numéros de l'ancienne série de la Revue L'Initiation (de 1888 à 1912) disponibles au format pdf.

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