MONSIEUR ET FRÈRE,

La science de la Kabbale rend impossible le doute en matière de religion, parce que seule elle concilie la raison avec la foi en montrant que Je dogme universel diversement formulé, mais au fond toujours et partout le même, est l'expression la plus pure des aspirations de l'esprit humain éclairé par une foi nécessaire. Elle fait comprendre l'utilité des pratiques religieuses qui en fixant l'attention fortifient la volonté, et jette une lumière supérieure également sur tous les cultes. Elle prouve que le plus efficace de tous ces cultes est celui qui par des signes efficaces rapproche en quelque sorte la divinité de l'homme, la lui fait voir, toucher et en quelque sorte se l'incor­porer. C'est assez dire qu'il s'agit de la religion catho­lique.

Cette religion telle qu'elle apparaît au vulgaire est la plus absurde de toutes parce qu'elle est de toutes la mieux révélée ; j'emploie ce mot dans son véritable sens, revelare, revoiler, voiler de nouveau. Vous savez que dans l'Evangile il est dit qu'à la mort du Christ le voile du temple se déchira tout entier et tout le travail dogmatique de l'Eglise à travers les âges a été de tisser et de broder un nouveau voile.

Il est vrai que les chefs du sanctuaire eux-mêmes, pour en avoir voulu être les princes, ont perdu depuis longtemps les clés de la haute initiation. Ce qui n'em­pêche pas la lettre du dogme d'être sacrée et les sacre­ments d'être efficaces. J'ai établi dans mes ouvrages que le culte chrétien-catholique est la haute magie organisée et régularisée par le symbolisme et la hié­rarchie. C'est une combinaison de secours offerts à la faiblesse humaine pour affermir sa volonté dans le bien.

Rien n'a été négligé, ni le temple mystérieux et sombre, ni l'encens qui calme et qui exalte en même temps, ni les chants prolongés et monotones qui bercent le cerveau dans un demi-somnambulisme. Le dogme, dont les formules obscures semblent le désespoir de la raison, sert de barrière aux pétulances d'une critique inexpérimentée et indiscrète. Ils paraissent insondables pour mieux représenter l'infini. L'office même, célébré dans une langue que la masse du peuple n'entend pas, élargit ainsi la pensée de celui qui prie et lui laisse trouver dans la prière tout ce qui est en rapport avec les besoins de son esprit et de son cœur. Voilà pourquoi la religion catholique ressemble à ce sphinx de la fable qui se succède de siècle en siècle et renaît toujours de sa cendre, et ce grand mystère de la foi est tout simplement un mys­tère de la nature.

On semblerait émettre un paradoxe énorme si l'on disait que la religion catholique est la seule qui puisse être justement appelée naturelle, et pourtant cela est vrai, puisque seule elle satisfait pleinement à ce besoin naturel de l'homme qui est le sens religieux.

Tout à vous en la Sainte Science.

ÉLIPHAS LÉVI.

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