La religion n'est pas une servitude imposée à l'homme, c'est un secours qui lui est offert. Les castes sacerdotales ont cherché de tout temps à exploiter, à vendre et à transformer ce secours en un joug insup­portable et l'œuvre évangélique de Jésus avait pour but surtout de séparer la religion du prêtre ou du moins de remettre le prêtre à sa place de ministre ou serviteur de la religion, en rendant à la conscience de l'homme toute sa liberté et sa raison. Voyez la pa­rabole du bon Samaritain et ces textes précieux : la loi est faite pour l'homme et non pas l'homme pour la loi. Malheur à vous qui liez et imposez sur les épaules des autres des fardeaux que vous ne voudriez pas toucher seulement du bout du doigt (etc., etc.). L'Église officielle, qui se déclare infaillible dans l'interpréta­tion des Écritures, n'a jamais pu expliquer l'Apoca­lypse qui est la clé kabbalistique des évangiles, et il y a toujours eu dans le Christianisme une église occulte ou jvanuite qui tout en respectant la nécessité de l'Église officielle, conservait du dogme une interpréta­tion tout autre que celle qu'on donne au vulgaire.

Les templiers, les rose-croix, les francs-maçons des hauts grades ont tous avant la Révolution française appartenu à cette église dont Pasqualis Martinez, Saint-Martin et même Mme de Krudemer ont été les apôtres au siècle dernier.

Le caractère distinctif de cette école, c'est d'éviter la publicité et ne jamais se constituer en secte dissi­dente. Le comte Joseph de Maistre, ce catholique si radical, était plus qu'on ne croit sympathique à la so­ciété des Martinistes et annonçait une régénération prochaine du dogme par des lumières qui émane­raient des sanctuaires de l'occultisme. Il existe encore maintenant des prêtres fervents qui sont initiés à la doctrine antique, et un évêque, entre autres, vient de mourir qui m'avait fait demander des communications kabbalistiques. Les disciples de Saint-Martin se faisaient appeler les philosophes inconnus et ceux d'un maître moderne assez heureux pour être encore plus ignoré n'ont besoin de prendre aucun nom, car le monde ne soupçonne pas même leur existence. Jésus a dit que le levain doit être caché au fond du vaisseau qui contient la pâte afin de travailler jour et nuit en silence jusqu'à ce que la fermentation ait envahi peu à peu toute cette masse qui doit devenir du pain.

Un initié peut donc avec simplicité et sincèrement pratiquer la religion dans laquelle il est né, car tous les rites représentent diversement un seul et même dogme, mais il ne doit ouvrir le fond de sa conscience qu'à Dieu et ne doit compte à personne de ses croyances les plus intimes. Le prêtre ne saurait juger de ce que le pape lui-même ne comprend pas. Les signes exté­rieurs de l'initié sont la science modeste, la philan­thropie sans éclat, l'égalité de caractère et la plus inal­térable bonté.

Tout à vous en la Sainte Science.

ÉLIPHAS LÉVI.

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