Éditorial du numéro 2 de 2017

Traité sur la réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine, tel est le titre complet de l’unique ouvrage signé (au moins) par Martines de Pasqually, personnage ô combien énigmatique, thaumaturge, mystique et franc-maçon, créateur de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus-Cohen de l’Univers, qui naquit à Grenoble en 1727 (?) et mourut à Saint-Domingue, en 1774, après avoir fondé plusieurs loges maçonniques en divers lieux (à Bordeaux en particulier). Il fut contemporain de Louis-Claude de Saint-Martin, qui fut quelque temps son secrétaire pour la rédaction du Traité et de Jean-Baptiste Willermoz, fondateur du Régime Écossais Rectifié dont ledit Traité illustre la doctrine.

Son œuvre littéraire unique et magistrale dont j’ai rappelé au début le titre original complet est, pour des raisons de commodité, simplement titré : Traité de la Réintégration. On ne doit pas dissimuler la lecture difficile de ces textes dont l’approche exige une bonne familiarité avec les choses de l’esprit et avec les tournures lexicales du français du « Siècle des Lumières » qui, parfois, nous semblent bien désuètes.

Voilà qui nous amène naturellement à évoquer la mémoire de Robert Amadou. Cet auteur incontournable du XXe siècle, c'est-à-dire de notre époque, a mis la puissance de son talent à décrypter les textes anciens afin que tous ceux qui en ont le désir puissent aborder aux rivages de la pensée martinézienne et enrichir ainsi leur réflexion sur les grands mystères religieux.

J’ai eu le grand privilège de connaître Robert Amadou qui me fit le don de son amitié au cours de nombreuses années. C’est à lui que je dois la découverte de Saint-Yves d'Alveydre et de son œuvre ; il sut m’encourager dans les difficiles recherches que j’entrepris sous son patronage. Qu’un quarteron de polissons minables se soient un jour amusés à distendre nos liens n’a en rien modifié la respectueuse reconnaissance que je dois à Robert.

Aussi, est-ce avec grand plaisir et à la demande de nombre de nos fidèles lecteurs que je publie dans la présente livraison l’essence des travaux que Robert Amadou avait consacrés à Martines de Pasqually et à son Traité et qu’il nous a laissés pour notre meilleure compréhension du cheminement de la pensée ésotérique. Merci Robert et bonne lecture à tous !

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 1 de 2017

Mon âme, mon amie, ma sœur, ma confidente

Que nous soyons croyants ou non, quelles que soient nos choix philosophiques et/ou religieux, que nous nous réclamions ou non d’une appartenance cultuelle ou que nous nous proclamions simplement libres penseurs, nous ressentons tout au long de notre existence la présence discrète, silencieuse et mystérieuse d’une cellule immatérielle que, par tradition et faute de mieux, nous appelons l’âme, veilleuse de nos jours et de nos nuits, étincelle de vie cachée en nous mais on ne sait pas où.

Un jour, mon esprit vagabond et rêveur se mit à croire que je pouvais parler avec mon âme, et librement, c'est-à-dire de corps à âme, sans s’encombrer des « modalités hiérarchiques » et des usages enseignés dans les divers enseignements théologiques. De dialogue, il n’y eut point, du moins au sens qu’on lui donne ici-bas. Mais seulement un monologue pour évoquer notre aventure commune qu’aura été ma vie et lui faire part de mon désir de la conserver auprès de moi dans mon après-vie, c'est-à-dire après le grand saut dans l’inconnu. Nous avons cheminé longtemps de conserve ; pourquoi nous séparerions au jour du grand voyage.

On dit d’un moribond qu’il doit rendre son âme.

Oui, mais la rendre à qui ? Qui en est le bailleur ?

Une âme a partagé le pire et le meilleur

Des hivers, des printemps du juste ou de l’infâme.

Mon âme, en vérité, je ne veux point la rendre,

Car j’aurai besoin d’elle au jour de mon départ,

Quand le feu dévorant me jettera son dard

Et que je serai juste un petit tas de cendre.

Elle me donnera la force et le courage

D’affronter l’inconnu bruyant ou silencieux

Où peinent les humains qui accostent aux cieux

Après avoir franchi la tempête et l’orage.

Quand mon cœur est blessé, mon âme le console

Pour lui faire oublier le temps des trahisons;

On se perd en rancœurs de saisons en saisons

Quand on marche à tâtons sans but et sans boussole.

Dans mon jardin secret plein d’oiseaux et de roses,

De couleurs contrastées, de silences profonds,

Mon âme et moi vivons d’échanges vagabonds

Qui sont souvent joyeux mais d’autres fois moroses.

Pourquoi voudriez-vous qu’à ma mort je la rende ?

Nous avons tant et tant de souvenirs intimes

Que je veux l’emporter jusqu’au fond des abîmes

Où nous continuerons notre belle légende.

Pareil à l’œil de la conscience qui regardait Caïn jusque dedans sa tombe, mon âme veillera sur mon sur-avenir et me protégera des médisances futures, de la hargne de ceux-là qui n’auront pas compris la complexité, la diversité et la … banalité de mon existence. J’ai cependant eu le bonheur de pouvoir m’engager sur mille et un sentiers sur lesquels j’ai rencontré la paix mais aussi la haine. Je hais la haine mais je comprends qu’on s’y adonne quand on n’a rien d’autre à faire, quand on baigne dans l’ennui et que, enfin, l’on se retourne pour se morfondre sur l’aride désert de son passé.

La vie n’est qu’un désert et la soif d’aimer et d’Aimer ne peut être étanchée qu’au bord des oasis bienfaitrices dissimulées derrière des dunes et des dunes qui, à perte de vue, dressent des montagnes de haine, frontières entre les humains qui deviennent étrangers les uns aux autres. Le racisme, que l’on crût un temps gommé de nos mentalités, rebondit à la faveur d’une regrettable actualité qui le ravive, non sans malice. Des familles en souffrance fuient leurs pays en guerre, comme nous-mêmes avons fui il y a un peu plus d’un demi-siècle les régions françaises menacées par l’occupation étrangère. Premières images de mon enfance jamais effacées, ni même floutées. Et, aujourd'hui, que rencontrent ces nouvelles populations migrantes ? Des mains tendues, des sourires ? Non. Des visages fermés, des regards glacés et hostiles. Cela, ça s’appelle aussi la… haine. La haine collective est faite de nos myriades de haines personnelles.

La vie est une succession de problèmes, souvent dramatiques. Mais, n’oublions pas que la haine n’a jamais résolu le moindre problème. Alors, choisissons l’Amour comme me le suggère mon Âme, mon amie, ma sœur, ma confidente.

J’entends d’ici certains qui disent : voilà qu’Yves-Fred prend ses distances avec le sacré, étant entendu que l’âme est traditionnellement liée au sacré. Peut-être ? Mais, avant que les censeurs bien-pensants, par ailleurs parfaitement respectables, me vouent aux gémonies, je tiens à leur faire savoir que, si je ne suis pas un hérétique, coupable d’apostasie, je revendique ma liberté de jugement. Si je poursuis avec ferveur mon attachement initiatique sous ses diverses formes et si je n’entends pas le renier un seul instant, je recherche dans l’humour et dans la poésie une salutaire escorte à mon âge solitaire[1].

Je fuis, et depuis bien longtemps, la compagnie des gens sans humour dont le commerce m’ennuie profondément. Voltaire, qui était avant tout un homme sérieux, a dit (ou aurait dit) un jour : « si, sur mon lit de mort, il me venait un bon mot, je crois que je m’arrêterais de mourir ». Pour autant que l’humour n’est ni blessant, ni vulgaire, pourquoi s’en priver ?

Et pourquoi cette peur de la mort ? Pourquoi cette peur strictement judéo-chrétienne qui nous est propre et que ne partage pas la sagesse orientale ? Et si la peur de la mort était liée à la haine. Cette dernière ne serait-elle pas aussi le rejet inconscient de notre solitude prévisible à l’heure du dernier voyage ?

L’humour, quand il est discret et de bonne facture, peut vaincre la haine et la peur de la mort. Faisons-lui confiance et cultivons-le.

Cela étant, je tiens à emporter mon âme, mon amie, ma sœur, ma confidente, avec moi à l’heure de mon départ. Je ne voudrais quand même pas l’abandonner dans cet asile de fous qu’est devenu le monde. Car, comme vous le savez, sur le plancher des vaches, il n’y a pas que les vaches qui sont… folles.

 


[1] C’est l’âge des «octos» et la suite.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 4 de 2016

La vraie lumière, celle qui ne pâlit jamais, provient d’une source unique avant de se diffracter en d’innombrables rais. Cette diffraction a pour effet néfaste de diviser les humains et d’être apparemment à l’origine des dissensions religieuses et, partant, des « Guerres de religion » qui ont si longtemps sévi et sévissent encore, mais - ne soyons pas naïfs - ne servent en vérité que de prétextes aux divergences politiques, économiques et sociales, aux appétits territoriaux des uns et aux désirs expansionnistes des autres.

Telle est la marche du monde depuis que l’humanité s’est dispersée en tribus, en clans, puis en nations qui n’ont cessé de guerroyer de mille manières.

Pour nous, comme pour tous ceux qui ont eu accès, même modestement, à la Sagesse, il serait impensable de mêler nos voix à ce tohu-bohu généralisé ; nous entendons vivre notre spiritualité librement sans nous assujettir à quelque chapelle que ce soit. Notre liberté de pensée et celle de nous exprimer librement constituent notre bien le plus précieux.

Mais, on l’aura compris, cela ne signifie pas que nous devons nous extraire du monde, nous blottir frileusement dans je ne sais quel désintérêt des problèmes qui gravitent autour de nous. Nous refusons les combats et les débats stériles, certes, mais nous ne voulons pas ignorer les grands moments de l’histoire religieuse et philosophique. Nos yeux et nos oreilles restent en éveil et, si notre vue et notre ouïe faiblissent fatalement, nous percevons toujours et apprécions encore les richesses culturelles des civilisations qui nous ont précédés.

C’est pourquoi, dans le strict respect des diverses croyances et en nous tenant en-dehors et au-delà des contextes événementiels, j’ai décidé de publier librement dans le présent numéro une étude historique sur l’islam. Je crois que cette étude a sa place dans une revue non sectaire, telle la nôtre.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 3 de 2016

Et voilà donc cent ans, à peu de jours près, que Papus a abandonné brusquement le plan terrestre. C’était le 25 octobre 1916. Il était âgé de cinquante et un ans et laissait derrière lui une œuvre considérable. Aucun d’entre nous n’a pu le rencontrer de son vivant et nous savons que beaucoup l’ont longtemps regretté. Mais c’est ainsi et ce sera toujours ainsi tant que l’existence humaine ne dépassera presque jamais la durée d’un siècle.

Dans ma prime jeunesse, j’ai connu des gens qui, au vu de leur grand âge (c'est-à-dire qu’ils avaient dépassé la… soixantaine, ce qui représentait encore un exploit dans la première moitié du vingtième siècle) auraient pu rencontrer le docteur Papus, soit en tant que malades, soit par l’intérêt qu’ils auraient pu porter envers l’occultisme et le mysticisme. Mais, dans mon entourage, nul n’y avait fait la moindre allusion et c’est en ma quinzième année (vers 1950) que j’ai découvert, dans un bric-à-brac de vieux bouquins fripés et poussiéreux, le Tarot des Bohémiens. Je jouais au tarot et ce jeu de cartes m’a toujours distrait. Mais, que diantre les Bohémiens venaient-ils faire en… l’affaire ? J’achetais le livre pour quelques anciens francs, autrement dit pour pas grand chose, et je le dévorais ; je venais de tomber dans la marmite.

Je sais gré à mes parents de ne m’avoir jamais influencé dans mes choix philosophiques, spirituels ou politiques et, bien qu’ils fussent catholiques, ils admirent normalement que je prisse quelques libertés avec les dogmes et enseignements de cette confession. Et, sans me détacher de la culture chrétienne à laquelle je me suis toujours honoré d’adhérer, mais sans esprit sectaire, je partais à la recherche d’autres horizons, plus vastes et plus universels, et Papus m’a infiniment aidé dans mes recherches.

Papus était au nombre de ces êtres lumineux qui traversent leur temps comme ces étoiles filantes qui sèment dans leur sillage la lumière. Ces êtres ne sont ni dieux ni sages, ils sont de chair et de sang et sont farouchement adversaires de ce que l’on appelle le «culte de la personnalité». Ce culte, que l’on évoque à tout propos jusqu’à le banaliser, ils l’abandonnent aux éphémères, c'est-à-dire à ceux-là qui s’accrochent aux modes et qui disparaissent avec elles. Parce qu’il était engagé dans une voie spirituelle, il devait échapper à l’immédiateté des pensées, au dépérissement de son œuvre. Il a dépassé son temps pour venir jusqu’à nous.

Cependant, nous ne sommes pas des disciples ordinaires de Papus. Car, justement, il nous a enseigné ce que l’on pourrait appeler la «fidélité critique». Il ne fut pas un gourou, mais plus justement un éveilleur. Ses nombreux ouvrages nous incitent d’abord à une réflexion personnelle dont il nous montre les pistes, puis ils nous invitent à la constante recherche d’une vérité à travers les penseurs qui l’avaient précédé comme à travers ceux qui lui furent contemporains. Je dis bien une vérité et non la vérité car il faut être atteint d’une vanité pathologique pour prétendre détenir la «Vérité une et indiscutable» dont la détention usurpée est justement l’apanage des sots et des ignorants.

Autour de Papus et de sa puissante personnalité gravitaient de nombreux autres personnages attachants par leur savoir et leur talent. Victor-Émile Michelet les illustra dans Les Compagnons de la Hiérophanie. Tous furent des spiritualistes engagés qui, à la charnière des XIXe et XXe siècles, participèrent à un grand mouvement qui aboutit à la création du «Martinisme», ordre initiatique chrétien qui se réfère à Louis-Claude de Saint-Martin, le «Philosophe Inconnu» (1743-1803), et, à travers lui, à ses deux propres Maîtres, Martinez de Pasqually (1727 [?]-1774) et, plus haut, Jacob Boehme (1575-1624).

On sait que c’est au cours de ses études de médecine que Papus commença à s’opposer au «positivisme» ou «comtisme» prôné par le philosophe Auguste Comte (1798-1857). Ce positivisme connaissait alors un réel engouement dans les milieux intellectuels. Papus en constata rapidement les limites car cette théorie n’expliquait pas tout. Il s’y opposa, développant a contrario une vision spiritualiste du monde. C’est cette vision qui inspira ses premiers écrits qui auraient pu ne jamais être pris au sérieux dans le contexte matérialiste de cette époque. Mais c’était sans compter avec le dynamisme et la puissance de travail du jeune docteur Gérard Encausse qui adopta le nomen de Papus (génie de la première heure dans le Nuctéméron d’Apollonius de Thyane) pour défendre ses idées. Outre la rédaction de ses traités, Papus écrivit moult articles pour diverses revues et créa la revue «L’Initiation» (en 1888) et le «Groupe Indépendant d’Études Ésotériques» (1890). Ses multiples activités ne l’empêchèrent pas d’exercer parallèlement la médecine généraliste dans deux cabinets, l’un à Paris, l’autre à Tours.

Était-il un «surhomme»? Sans doute aurait-il détesté qu’on le qualifie de la sorte. Il détestait louanges et honneurs. Il s’était mis au service de ses semblables et n’en tirait aucune gloire. Il aimait les autres, mais de cet amour qui reste attaché à la personnalité du Christ. Amour divin, bien sûr, ce qui ne lui interdisait nullement d’aimer aussi beaucoup les dames et de ne pas s’en priver à ce que l’on rapporte. L’esprit et la chair ne sont pas des ennemis, comme le laissent supposer certains adeptes de la bigoterie.

Il va sans dire que les membres du clergé appréciaient peu ses propos et écrits. Les bergers n’aiment pas les brebis qui s’écartent du chemin qu’on leur a tracé. Et, de ce point de vue, Papus était un rebelle qui faisait passer l’esprit avant la lettre. Par ailleurs, sa proximité avec la franc-maçonnerie générait une certaine méfiance des milieux ecclésiastiques, toujours jaloux de leurs prérogatives et de leur pouvoir sur les âmes.

Pourtant, ses relations avec les obédiences maçonniques françaises ne furent pas empreintes d’une absolue sérénité. Provocateur à ses heures (ce n’est pas moi qui le lui reprocherait), Papus avait dénoncé ce que l’on pourrait appeler la désacralisation des loges à l’aube du XXe siècle et leur oubli de leurs racines spirituelles et chrétiennes, leur engagement politique (voire politicard) et leur renoncement à leurs missions originelles, telles que définies dans les premières Constitutions. Devenues des forums où l’on débattait de tout sauf de spiritualité et de tradition, lesdites loges françaises ne pouvaient satisfaire Papus qui en connaissait l’historique et les rituels mieux que la plupart des frères de son époque. Aussi, quand il eut l’impudence de présenter sa candidature à la Grande Loge de France, il fut blackboulé. Qui pourrait s’en étonner? Quelques années auparavant, n’avait-il pas publié un pamphlet au titre évocateur : Ce que doit savoir un maitre maçon? Ce qui laissait sous-entendre que ceux-ci ne savaient pas grand-chose…

Pas désarmé pour si peu, Papus fit un détour par l’Angleterre où il se fit recevoir dans une obédience du rite de Memphis-Misraïm. Il en revint avec le titre de «Grand-Maître du Souverain Grand Conseil Général du Rite de Memphis-Misraïm». Excusez du peu. On n’aurait pas imaginé un Papus passif, sagement assis sur la colonne d’une loge et réduit au silence; ce n’était pas dans son caractère.

Une bonne trentaine d’ouvrages, des centaines de conférences et d’articles, un groupe d’études, deux revues mensuelles, deux cabinets médicaux, voilà la partie visible de l’activité du docteur Papus. Le bonhomme était solide, d’une constitution robuste, une véritable force de la nature. Il en imposait par sa prestance et son autorité. Il subjuguait les hommes par son esprit et les dames par son cœur.

Il était né en 1865 en Galice, à La Corogne. Venu très tôt à Paris avec ses parents (son père était ingénieur chimiste), il vécut son enfance et une partie de sa jeunesse sur la Butte Montmartre, là où l’on croisait quotidiennement peintres et musiciens avant que la Place du Tertre ne devînt un des hauts lieux touristiques de la capitale. Plus tard, avec ses amis carabins, il fréquentera le «Chat noir» ou le «Lapin agile», ces cabarets emblématiques de Montmartre. Et a-t-il réellement rencontré le jeune Picasso ? Comme semble le suggérer Marijo Arïens-Volker dans son merveilleux ouvrage Picasso et l’occultisme à Paris, que nous avons récemment présenté dans le numéro 1/2016 de la revue (pages 82 et 83).

Quand éclata la Première Guerre mondiale, le 1er août 1914, Papus fut mobilisé dans le service de santé des armées. La véritable boucherie que représenta cette guerre nécessitait une grande présence médicale. On sait peu de chose sur la conduite au front de Papus. Seulement qu’il s’attachait avec autant de dévouement à soigner indifféremment les soldats blessés des deux camps, français et allemand. Devant un blessé, un médecin n’a pas à savoir à quel camp il appartient. Mais, en plus des soins médicaux et en vertu de sa vocation spirituelle, on peut penser que Papus devait apporter aux combattants frappés dans leur chair un réconfort moral.

Sur les quatre années que dura cette guerre, Papus n’en vécut que deux puisque c’est le 25 octobre 1916 qu’il abandonna sa dépouille terrestre, pleuré par ses amis et ses disciples. Après une cérémonie religieuse en l’église parisienne Saint-Roch, il fut inhumé au cimetière parisien du Père-Lachaise auprès de son père, Louis, dans le caveau de la famille Encausse. Plus tard, l’y rejoindront son fils Philippe et l’épouse de ce dernier, Jacqueline.

Chaque année, en un dimanche proche du 25 octobre, de nombreux admirateurs de Papus (martinistes ou non) se rassemblent autour de ce caveau pour honorer la mémoire de ce Maître dont le souvenir demeure vivant. À cette occasion, son fils Philippe (1906-1984), qui était seulement âgé de dix ans à la mort de son père, aimait conter son étonnement d’avoir vu venir à l’inhumation de son père, des «messieurs fort sérieux en redingote et gibus». Il s’agissait vraisemblablement de notables et d’hommes d’Etat. Il ne faut pas oublier que Papus avait acquis de son vivant une notoriété certaine qui débordait largement le cadre déjà très étendu de ses activités spiritualistes. Il faisait partie de la «Haute Société» et fréquentait de nombreuses personnalités de la politique et de la presse. Ce sont quelques-uns de ces gens-là que son jeune fils avait dû voir au cimetière le jour de l’enterrement du docteur Gérard Encausse, plus connu sous le nom de Papus.

La présente livraison de « L’Initiation Traditionnelle » sera largement consacrée à la mémoire de Papus et de certains de ses contemporains.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 2 de 2016

Posons sur notre temps des yeux d’éternité

Nous sommes abreuvés d’information et, dans cette bousculade informative qui illustre bien l’éphémère de notre époque pour ne pas dire sa vanité, il devient bien ardu de démêler l’essentiel de l’anecdotique. Il est avant tout nécessaire de trier soigneusement les nouvelles (news, pour les néo-pédants, c'est-à-dire les snobs en anglais aéroportuaire). Je me permets de vous indiquer la méthode que j’applique à propos de ce délicat exercice. Chaque fois qu’une nouvelle information me tombe sous les yeux ou entre les oreilles, je pose un pronostic, selon moi fondamental, quant à son éventuelle pérennité. Autrement dit, pourra-t- elle survivre au-delà de l’instant présent et, éventuellement, retenir l’attention critique des historiens et des chroniqueurs des temps à venir.

Sachant que l’actualité est à l’histoire ce que la photographie est au cinéma, soit un instantané qui sollicite l’émotion spontanée plutôt que le recul analytique, combien d’informations qui nous sont jetées en pâture jour après jour, heure après heure et, même, minute après minute, et que, faute du jugement lié à la réflexion, nous ingurgitons passivement jusqu’à l’indigestion ?

De toutes ces informations qui ne font que passer en courant, lesquelles portent en elles une vision sinon éternelle, du moins intergénérationnelle, autrement dit lesquelles pourront être utiles à nos descendants, si elles ne s’ensablent pas auparavant dans le désert culturel qui s’étend et se mondialise ?

J’ai voulu reprendre pour titre de cet éditorial la devise du journal que j’avais fondé en 1995 et que mon épouse et moi avons publié pendant vingt années. Il avait pour vocation d’accueillir auteurs et poètes engagés qui ont des choses à dire. Il s’intitulait « La Braise et l'Étincelle ». On aura compris que la braise, c’est le feu qui couve, le passé, le vécu et que l’étincelle, c’est, a contrario, le feu qui jaillit, l’avenir, l’inconnu.

Car, je reste convaincu que nous sommes tous un moment de l’éternité, un instantané, disais-je plus haut, et que nous ne pouvons pas apprécier notre court passage dans ce monde, entre lange et suaire, si nous réfutons la mémoire universelle ancestrale et si nous refusons de nous immerger dans l’inconnu à venir. Ce sont autant de leçons que nous ne pouvons pas mépriser. Nos âmes, plus légères que nos corps, arpentent librement aussi bien le passé que le futur. Écoutons-les en silence : elles ont tant de leçons à nous chuchoter !

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 1 de 2016

La haine

Rien n’est plus détestable que la haine. C’est un venin qui dessèche les cœurs et détruit notre esprit critique, notre liberté de pensée, notre désir d’amour du prochain.

Si j’y consacre aujourd'hui mon éditorial, c’est parce que la haine, après s’être assoupie quelque temps, s’est réveillée plus vive que jamais. Elle contamine aussi bien les couches sociales favorisées que les plus miséreuses, aussi bien les milieux intellectuels que les masses populaires, aussi bien les citoyens qui ont accès à la culture que ceux qui en sont exclus.

Pourquoi la haine s’est-elle réveillée si brutalement et si bruyamment ? Les raisons sont multiples et se conjuguent. Elles sont religieuses, chacun défendant âprement la croyance qui lui a été assignée à sa naissance et à laquelle il n’a généralement compris que peu de choses, exception faite des dogmes d’un autre âge. Ce fut la Saint-Barthélemy, ce fut et c’est encore un antisémitisme qui trouva son apogée dans la Shoah. C’est à présent une islamophobie entretenue par la peur d’un terrorisme qui s’est développé à partir de la déstabilisation programmée du fragile Moyen-Orient. Il n’y a pas lieu ici de dénoncer les coupables ni les manœuvres géopolitiques qu’ils ont ourdies à des fins peu avouables. Mais, le fait est là et, si nous devons condamner les attentats, nous ne saurions tomber dans le piège de la peur et de la haine.

Et puis, il y a l’affaire des migrants. Privés des sentiments de compassion qu’ils devraient inspirer aux peuples occidentaux civilisés et nourris de philosophie hellénique et de judéo-christianisme, les migrants qui ont réussi à échapper à des régimes totalitaires, à la grande misère, à la faim, à la soif, à la torture, à la barbarie, rescapés de naufrages presque inéluctables, sont baladés d’un pays à l’autre en quête d’un accueil qui leur est refusé quand ils ne sont pas accusés d’être les chevaux de Troie du terrorisme. N’oublions jamais que la haine est fille de la peur et de… l’ignorance.

L’étranger, bien entendu. Mais ne sommes-nous pas tous des étrangers même si nous détenons une pièce d’identité avec mention de notre nationalité et même de notre religion dans certains pays. Le mot « étranger » devrait être banni des langues modernes car il ne signifie plus rien à l’heure où l’on nous parle de mondialisation, à moins que celle-ci ne concerne que les milieux financiers et économiques dont le seul but est d’asservir les peuples en leur volant leurs langues, leurs cultures et leurs patrimoines.

Vous l’aurez compris : je hais la haine à tous les niveaux et ne supporte pas de voir s’ériger des murs entre les nations alors que l’on devrait jeter des ponts entre elles, comme l’a proclamé récemment le pape François en quittant le Mexique, pays du Tiers Monde qui, ironie de la géographie, est frontalier du pays le plus riche de la planète.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

 Éditorial du numéro 4 de 2015

 Ne soyons pas indifférents

L’an 2015 conservera dans la mémoire historique collective le sceau d’une barbarie criminelle que l’on avait cru un temps définitivement éradiquée. En-dehors et au-delà de l’événementiel, ne nous berçons pas d’illusion, ne nous gargarisons pas de mots inutiles, ne nous abandonnons pas à la surenchère verbale, en un mot, gardons-nous de hurler avec les loups et de pleurer avec les agneaux et rendons-nous à l’évidence : nous sommes entrés de plain-pied dans la Troisième Guerre Mondiale dont les multiples facettes sont à la fois économiques, culturelles et cultuelles et en font un conflit sans pitié dont nous serons tous à la fois les acteurs et les victimes expiatoires.

Le monde occidental qui a tout à perdre dans un tel conflit vit lui-même dans un climat conflictuel nourri des intérêts contradictoires  des nations qui le composent. L’économique ayant piétiné le politique (en dépit des avertissements du troisième président étasunien, Thomas Jefferson [1801-1809]), l’ultra-libéralisme aux effets déstabilisateurs s’est emparé de tous les pouvoirs et a réduit les citoyens occidentaux à l’état de consommateurs soumis et condamnés à parler une seule langue (un mauvais anglais, un anglais d’aéroport, dit le professeur Claude Hagège), à patauger dans une seule culture banalisée, pour in fine sombrer dans une pensée unique qui l’engloutira.

Cette Troisième Guerre Mondiale, il est évident que le monde occidental la perdra nécessairement à cause d’une vision divergente. Je veux parler de la vision de la mort.

Les occidentaux voient la mort comme une défaite et une punition, ils la craignent ; a contrario, les orientaux la voient comme une victoire et une récompense, ils la regardent en face. Voilà qui nous aide à prendre la mesure de notre faiblesse face à la criminalité des terroristes, souvent des kamikazes.

Bien sûr, vous allez me parler d’une nouvelle guerre de religion. Voire ! Que sont en vérité, les guerres dites de religion ? Rien d’autres que des guerres économiques déguisées quand un pays veut s’emparer des biens de ses voisins : espace géographique (espace vital, disaient les nazis), produits des récoltes, points stratégiques, etc., etc.). La religion n’est en réalité que le masque que portent les conquérants pour mobiliser les populations naïves qui se mobilisent plus volontiers pour la prédominance d’un dieu (que personne n’a jamais vu) que pour le confort financier d’un « seigneur » ou pour les profits spéculatifs des banques transnationales.

Dieu, quel que soit le nom dont on le pare, n’est jamais que le prétexte à toutes les exactions guerrières des peuples et le garant de leurs entreprises conquérantes. Et cette escroquerie morale a traversé les siècles et continue à accomplir ses mauvaises actions.

Il est vrai que, nous autres les Occidentaux, avons pris une certaine distance avec la religion primaire qui plaça longtemps Dieu au sein de nos préoccupations civiles. Nous n’avons que peu de mérite puisque nous avons eu Voltaire qui n’était pas un impie, ni un mécréant, mais qui, justement, voulait voir dans la divinité, Dieu, Être Suprême, Grand Horloger ou … Grand Architecte, une entité extrasociale, étrangère à nos misérables querelles. En d’autres termes, laissons Dieu à l’extérieur de nos problèmes éphémères, de nos bassesses, de nos haines.

Louis-Claude de Saint-Martin, mystique averti, ne fut pas très éloigné de Voltaire même si de nombreux auteurs se sont plu à rendre leurs démarches inconciliables. On sait que Voltaire mourut douze ans avant la Révolution de 1789 et que Saint-Martin survécut quatorze ans à cet événement fondateur de notre fraternité civique, en dépit des exactions regrettables qui l’ont cruellement écorché.

La pensée saint-martinienne n’est pas de nature réactionnaire et, s’il est vrai qu’il dénonça la « Terreur », dont Robespierre fut l’artisan avant d’en devenir la victime, il a, par ses écrits, contribué à la formation des esprits éclairés dont se réclament encore les citoyens libres et ouverts de notre pays, sans doute dernier bastion d’une civilisation fraternelle que les quatre points cardinaux coalisés voudraient crucifier au nom d’une mondialisation sans âme et sans respect de l’humain.

C’est à ce titre que les francs-maçons et les martinistes (dont la proximité initiatique ne peut plus échapper) doivent demeurer les garants de cette « civilisation fraternelle » car ne sont-ils pas les héritiers historiques du Siècle des Lumières dont justement Voltaire et Saint-Martin furent, chacun dans sa sphère, les représentants emblématiques.

Louis-Claude de Saint-Martin semblait manifester une différence quand il parlait de « Vraie Lumière ». Celle-ci est en vérité une expansion, un « + » de la Lumière apportée par les encyclopédistes et les philosophes français du XVIIIe siècle, mais ne saurait être considérée comme une surenchère ou une sorte de critique de la première.

Saint-Martin et Voltaire étaient, chacun à sa manière, porteurs d’une foi silencieuse et lucide et d’une spiritualité discrète. La véritable foi n’est-elle pas « silence du cœur » ? Elle ne s’affiche pas dans de grands rassemblements incantatoires qui l’exposent aux quolibets des prétendus beaux esprits. Elle est intérieure et discrète.

La « Lumière » est une et indivisible et ne peut être fragmentée de quelque manière que ce soit. Elle projette ses rayons au sein de nos jardins secrets, là où réside notre personnalité réelle, notre « âme » si l’on préfère. Notre vie ressemble à un labyrinthe plein d’embûches et tapissé de miroirs qui nous renvoient l’image paisible ou tourmentée de notre âme, de nos pensées constructives ou négatives, de nos remords et de nos espérances, de nos regrets et de nos rêves.

Au bout de ce labyrinthe, l’infini nous attend. Les initiés savent l’aborder avec confiance, sans peur inutile mais avec force humilité. Ils entreront avec sérénité dans la lumière qui ne s’éteint jamais.

Pour l’heure, ils ont le devoir de dépasser les querelles nationales comme celles qui sont prétendument religieuses. Foin des harangues et des grandes envolées orales qui sont juste contraires à la sagesse pacifique dont l’humanité a tant besoin ! Cultivons en paix notre jardin !

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

 Éditorial du numéro 3 de 2015

Les meilleures plumes de la franc-maçonnerie, du martinisme et de l’ésotérisme (sérieux !) se sont toujours fait un devoir d’honorer la revue de leurs talents et de lui offrir le suc de leurs recherches.

Papus, de 1888 à 1914, Philippe Encausse, de 1953 à 1984 et moi-même depuis 1984 avons bénéficié du soutien littéraire et fraternel des auteurs les plus réputés en leur temps, ce qui a permis à la revue de montrer ce visage éclectique que nos lecteurs apprécient, si l’on en croit leurs réactions.

J’ai eu, pour ma part, le grand privilège de pouvoir approcher, dès mon entrée dans le circuit initiatique sous le patronage de Philippe Encausse, quelques-uns de ces écrivains qui me prirent en amitié et me firent bénéficier de leurs grandes connaissances et de leur immense sagesse. Ils ont su respecter l’indépendance de mon caractère, mon esprit sarcastique, mon impardonnable humour, ce dont je leur sais gré. Ces écrivains n’étaient pas des « gourous » et communiquaient avec modestie leur savoir, laissant à chacun de leurs auditeurs le soin d’en tirer à sa guise la substantifique moelle.

Maintenant que je suis parvenu à bac+60 et à l’heure des bilans, il me semble encore entendre leurs voix. Je les ai vu presque tous partir un à un. J’imagine qu’ils m’attendent pour renouer nos dialogues qui, en vérité, n’ont jamais été interrompus. J’ai encore tant à apprendre d’eux.

Dans ce numéro et dans les prochains, j’aimerais leur rendre hommage et, peut-être, raviver quelques souvenirs chez nos lecteurs anciens, mais aussi de les faire mieux connaître à nos lecteurs plus jeunes. Ces personnages étonnants furent les héros d’une nouvelle hiérophanie.

Aujourd'hui, je publie deux articles de Serge Hutin, figure pittoresque et attachante de notre saga. Cet écrivain talentueux et fin connaisseur des méandres initiatiques est passé à l’Orient éternel le jour de la Toussaint 1997, mettant un terme à une vie qui ne lui avait épargné aucune peine et l’avait malmené en diverses occasions.

À ceux qui avaient recueilli çà et là certaines de ses confidences dont il était en vérité peu prolixe, son départ à l’issue de bien des souffrances physiques et morales a laissé le sentiment d’une injustice. Et nous en avons tous été peinés.

Serge, mon vieux Serge, c’est à toi que je dédie le présent numéro de «L'Initiation Traditionnelle». Et je t’embrasse.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 2 de 2015

Denise Bonhomme est professeur de littérature française dans un lycée de San Francisco. Passionnée de recherche, elle s’est attachée à extraire de certaines oeuvres littéraires importantes la substantifique moelle à travers les allusions plus ou moins voilées à l’ésotérisme que les auteurs, et pas des moindres, ont essaimé tout au long de leurs écrits.

En 2006, à l’occasion d’une rencontre dans un cercle poétique, elle nous avait offert un long article sur ce qu’elle appelle, non sans malice, la « contrebande littéraire », considérant que certains écrivains, se comportant en véritables « contrebandiers », ont adroitement placé çà et là des sous-entendus qui résonnent dans l’esprit de ceux qui ont eu, comme vous et moi, le bonheur d’approcher les lumières initiatiques en prenant grand soin toutefois de ne pas s’y brûler les ailes en s’enlisant dans l’occultisme primaire. Nous avons publié une première fois cet article dans la revue : numéros 3/2006 (pages 185 à 209), 4/2006 (pages 309 à 311), 1/2007 (pages 53 68), 3/2007 (pages 230 à 235), 1/2008 (pages 66 et 67) sous le titre complet « Quelques présences allégoriques en littérature ésotérique française ».

Depuis les années 2006 à 2008, de nouveaux lecteurs ont rejoint les plus anciens et les plus fidèles. Ces anciens numéros (en version papier) étant maintenant épuisés, nous avons décidé de republier cet important article à leur particulière intention.

Dans ce présent numéro, nous publions la 1re partie de cet important article ; les autres parties paraîtront dans les livraisons suivantes.

Pour la troisième fois et notre plus grand bonheur, Pascal Bancourt nous confie une réflexion sur « Alchimie et Tradition », sujet souvent controversé mais ô combien utile à ceux qui désirent approfondir certains aspects de la voie initiatique qu’ils ont entrepris de parcourir. La collaboration de Pascal Bancourt nous est précieuse et nous le remercions pour l’éclairage original qu’il nous apporte sur un sujet mal connu.

Nul d’entre vous ne peut ignorer que cette revue «L'Initiation Traditionnelle» est la propriété de ses lecteurs et, à ce sujet, nous invitons, tous ceux qui le souhaiteraient, à nous adresser des articles ou des documents que nous examinerons avec la plus grande attention et publierons volontiers dès lors qu’ils s’inscriront dans notre ligne éditoriale.

Il ne me reste plus qu’à souhaiter à chacun d’entre vous un agréable été riche en découvertes ; n’oublions pas cependant ceux qui n’ont pas les moyens de l’évasion estivale en raison d’une condition modeste. Nous pensons à eux et les embrassons de tout coeur.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 1 de 2015

Les premiers jours de cette nouvelle année ont été endeuillés par une série d’assassinats qui ont visé presque simultanément à Paris les journalistes-caricaturistes d’un hebdomadaire et des clients d’une épicerie casher.

Même s’il n’existe à première vue aucune relation directe entre ces deux faits tragiques, nous assistons à un nouveau déferlement de la barbarie soi-disant justifiée par une croyance religieuse et toujours au nom de Dieu.

Dans la lâche tuerie de « Charlie-Hebdo », le motif avoué était de punir des auteurs d’écrits et de dessins blasphématoires (?), dans celle, non moins lâche, de la Porte de Vincennes, il s’agissait de tuer des juifs dont la seule faute était, selon leurs assassins ou leurs commanditaires, d’être… juifs.

Et c’est là qu’il ne faut pas se mentir et faire montre de naïveté, notre civilisation est cernée par la barbarie et menacée de toutes parts. Allons-nous vers la Troisième Guerre mondiale. Je ne sais pas et je ne peux que le craindre car un grand nombre d’éléments précurseurs peuvent désormais le laisser penser.

L’Europe occidentale serait-elle le dernier bastion d’une civilisation en voie de dissolution, la France serait-elle le dernier drapeau de l’humanisme brandi jadis sur tous les continents, les ordres initiatiques sérieux tels le martinisme et la franc-maçonnerie seraient-ils les derniers gardiens d’un patrimoine multiséculaire qui s’est bâti pierre à pierre sur la mémoire des grandes traditions de l’Antiquité. Notre berceau est en Mésopotamie (actuel Irak que nous avons livré aux islamistes et voué au saccage), notre école philosophique est en Grèce (que les folies de l’ultralibéralisme condamnent à la pauvreté), notre culture est dans une riche activité artistique et littéraire (que l’anglo-saxonisme triomphant parvient à étouffer en nous imposant une langue-sabir sans âme qui ne concerne que les « boutiquiers », comme disait Napoléon 1er en parlant du peuple anglais). Le français n’est pas une langue morte ; nous savons que le mauvais anglais des aéroports et des ordinateurs tentent de le grignoter jour après jour.

Mais comment se défendre ? Comment résister ? J’ai écrit en plusieurs occasions que, s’il ne faut pas hurler avec les loups, il ne faut pas davantage pleurer avec les agneaux. Résistons en maintenant notre langue, notre culture, notre patrimoine. Ne nous conduisons jamais en vassaux de qui que ce soit, de quelque état que ce soit, même s’il est bien plus riche et bien plus puissant que nous. Gardons la tête haute. Le temps n’est plus à l’humilité, ni à la modestie vraie ou fausse.

Cultivons notre histoire ; n’en négligeons jamais l’enseignement. Il est indispensable à notre survie. Un peuple sans mémoire est un peuple colonisable.

Exigeons de nos élus qu’ils se comportent dignement et ne cèdent jamais ni à la facilité ni la manipulation.

Exigeons de nous tous une vigilance de tous les instants. Nous autres, francs-maçons et martinistes, qui avons eu le bonheur de percevoir quelques rais de la Vraie Lumière, nous voulons conserver nos libertés fondamentales : liberté de penser, liberté de nous exprimer, liberté de croyance. Aucun de nos Maîtres Passés ne nous a demandés de faire abstraction de notre libre arbitre, de notre possibilité d’analyse, de renoncer à cultiver nos propres convictions.

Nous sommes de véritables patriotes car les ordres initiatiques sérieux n’ont jamais cherché à éloigner leurs disciples de la citoyenneté et des devoirs que celle-ci draine et qui, depuis trois siècles pour la maçonnerie et un peu plus de cent vingt ans pour le martinisme, prônent la paix républicaine, le progrès social, la justice pour tous et notamment pour les plus faibles d’entre nous.

Que ce soit sous le couvert d’une foi incertaine que des groupes de fanatiques sèment la terreur et la mort dans le monde nous projette violemment en arrière de plusieurs siècles et nous ramène au triste temps des guerres de religion quand notre continent était la proie d’autres fanatiques. Mais, comment avons-nous pu croire que ces fanatismes aient été relégués dans les greniers de l’histoire ?

Cependant, nous ne sommes pas innocents et nous avons bien compris que ce fanatisme religieux n’existe que pour servir de couverture à d’autres ambitions qui, elles, n’ont rien à voir avec la religion. Dans un monde qui s’est livré pieds et poings liés au capitalisme sauvage et aux appétits féroces de la finance transnationale, il faut détruire les derniers refuges de la vraie culture, là où l’on pense et l’on juge, là où l’on voit plus loin que le bout son porte-monnaie.

Asservir les derniers résistants en répandant la terreur (par fanatiques interposés), voilà le maudit mais réel jeu des nouveaux maîtres du monde.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 4 de 2014

Avec le présent numéro, nous clôturons la deuxième année d’existence de notre revue en ligne : «L'Initiation Traditionnelle». En dehors du changement de son titre (pour des raisons d’enregistrement) et de l’abandon de son support papier (devenu financièrement ingérable) au profit de la diffusion numérique plus souple et moins onéreuse, nous avons veillé à sa continuité éditoriale dans la lignée de nos prestigieux prédécesseurs que furent Papus et son fils Philippe Encausse.

Je tiens à remercier très fraternellement Bruno Le Chaux (rédacteur en chef adjoint), informaticien averti, sans lequel l’amateur que je suis dans le domaine secret et tortueux de l’informatique n’aurait pu poursuivre la mission qui m’a été confiée, voilà trente ans, par de fidèles papusiens. Cette mission était de faire survivre la revue en dépit des attaques croisées dont elle fut souvent l’objet. Je n’ai rien fait d’extraordinaire ; j’ai tout simplement fait de mon mieux. Alors que je viens d’entrer dans la neuvième décennie de mon existence terrestre (attention, je n’ai encore que 80 ans), je veux saluer les auteurs qui m’ont permis de maintenir à un très bon niveau la revue et ce à titre purement bénévole, le bénévolat étant aussi la règle absolue de l’équipe rédactionnelle de la revue.

Mon seul et ultime désir : franchir dignement et courageusement le troisième pas quand le temps en sera venu.

***

Robert Delafolie, figure emblématique de la franc-maçonnerie traditionnelle et du martinisme, conférencier, spécialiste du romantisme allemand, de Wagner et de Mozart, et de mille autres choses toutes liées à l’art, à la spiritualité et à l’humanisme, nous a quittés il y a juste trois ans. Nous tenons à honorer sa mémoire en republiant un article au titre évocateur « Témoignage ». Comment pourrait-on oublier cet être de lumière (de vraie lumière) qu’il fut et qu’il demeure à jamais dans la mémoire de tous ceux qui l’on côtoyé ou qui l’ont lu ou entendu.

Dans le premier numéro de la présente année, nous avions présenté dans la rubrique « Les Livres » un ouvrage que Jean Pataut publiait sous le titre Du Logos et du Père. Modestement qualifié d’« essai ésotérique », il s’agit en vérité d’une véritable somme dont nous publions à présent et avec l’aimable autorisation de son éditeur quelques pages choisies par l’auteur lui-même. Ainsi, nos lecteurs pourront apprécier le travail de recherche et de réflexion que Jean Pataut a réalisé et qui, peut-être, fera naître en eux le désir de connaître l’intégralité de ce copieux ouvrage. Nos lecteurs trouveront, outre une présentation de l’ouvrage, le texte intégral de la IV de couverture et la Table des Matières du livre, deux importants chapitres extraits de l’ensemble.

Puis, l’écrivain Pascal Bancourt nous emmènera en Égypte revisiter à sa suite le « Livre des Morts égyptien », haut lieu de la religiosité antique. On ne peut ignorer l’influence que l’Égypte ancienne a exercé (et exerce encore, pas toujours de manière raisonnable) sur notre culture traditionnelle. Mais, Pascal Bancourt est un auteur sérieux qui ne sombre pas dans certains délires qui ont été le fait de nombreux divulgateurs de la civilisation qui s’est forgée sur les rives du Nil. Le travail de Pascal Bancourt vaut la peine d’être examiné de près car il nous éloigne des sentiers battus et rebattus. Il remet les idées à leur juste place et ce n’est pas son moindre mérite.

D’Égypte en Grèce, le chemin est court. La Méditerranée baigne les côtes de ces deux pays et cela n’est peut-être pas un simple détail géographique. Rien de ce qui nous est parvenu de l’Antiquité méditerranéenne n’est fortuit. Comme le Livre des Morts, L’Odyssée d’Homère est bien connue ; elle fait partie des grands mythes fondateurs de notre culture. L’historien Didier Lafargue ramène le retour tumultueux d’Ulysse à Ithaque, au lendemain de la Guerre de Troie, à un « parcours initiatique qui se confond avec l’amour de la vie ». Pour l’auteur, tous les dangers qui ont balisé le voyage d’Ulysse sont autant d’épreuves initiatiques qui devraient nous servir de leçons. Ces épreuves « nous rapprochent lentement de la vérité divine dont la connaissance ultime ne nous sera dévoilée que dans la mort », conclut l’auteur.

Et maintenant, bonne lecture et bonne année à tous.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

 Éditorial du numéro 3 de 2014

Nous y voici enfin parvenus et de plain-pied dans cet « âge noir » dont tant d’éminents penseurs nous annoncent depuis moult siècles, de l’Antiquité à nos jours, la cruelle arrivée.

En plein milieu du 20e siècle, la barbarie que l’on croyait morte et enterrée dans les catacombes de l’histoire a soudainement ressurgi. Se référant à de vieilles mythologies scandino-germaniques, les nazis semèrent la haine et le malheur après avoir entraîné le peuple allemand dans une épouvantable aventure. Les arrestations arbitraires, les déportations, la torture firent de ce 20e siècle un siècle expiatoire. La Seconde guerre mondiale marqua un tournant décisif dans la marche de l’humanité qui ne s’en est jamais remise. À l’heure où les vieux démons de la barbarie rallument des foyers d’incendie en plusieurs lieux de la planète, ne devons-nous pas conserver avec force précautions la civilisation que nous avons reçue en héritage des grands courants philosophiques, artistiques et spirituels qui plongent leurs racines dans l’Antiquité gréco-romaine et judéo-chrétienne. Dans un monde partagé entre le culte démesuré de l’argent et les excès pseudo-religieux, nous autres Européens (et Français en particulier) ne serions-nous pas le dernier îlot de civilisation, îlot bien fragile et battu par tant de vents contraires ? Ceux qui ont abordé aux rives de la « Sagesse vraie » et récolté quelques bribes de la « Connaissance véritable » ont le devoir de répandre l’Amour autour d’eux en se tenant loin du déferlement de haine qui est bien le type même de cet « Âge noir » que nous devons traverser bon gré mal gré.

***

Pendant cet été, deux personnalités attachantes nous ont quittés pour s’en aller dans ces lieux où la lumière ne faiblit jamais : Gabriel Albaladejo le 27 juin, Gérard Encausse, fils de Philippe Encausse et petit-fils de Papus, l’a suivi de très près, le 1er juillet. De ces deux frères, nous saluons l’attachement qu’ils ont toujours manifesté envers le martinisme et leur fidélité à notre revue.

Notre cher Pierre-Marie Hermant a mis en ligne un excellent travail sur « taro et kabbale ».
On peut le consulter ou le télécharger sur http://qabala.wifeo.com.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

 Éditorial du numéro 2 de 2014

Quand ce numéro de la revue s’affichera sur les écrans de vos ordinateurs, nous serons à la veille de commémorer le trentième anniversaire de la désincarnation de Philippe Encausse qui fut, de 1953 à 1984, l’âme de la revue.

Philippe Encausse naquit en 1906 ; il était le fils du mage Papus, fondateur de l’Ordre Martiniste, du Groupe Indépendant d’Études Ésotériques et de la revue « L’Initiation », tout ceci dans la décennie 1880 et tout en poursuivant de sérieuses études de médecine.

Papus était de ces êtres sur lesquels la fatigue n’a guère de prise. Ne disait-il pas : « On se repose d’un travail en en faisant un autre » ? Son fils hérita de cette puissance de travail comme en témoignent ses multiples activités simultanées : sportives (champion universitaire d’athlétisme), éditoriales (chroniqueur dans deux journaux et dans une station radiophonique dans les années 1930), administratives (membre d’un cabinet ministériel et conseiller du Comité Olympique français) et… initiatiques.

En 1953, haut fonctionnaire au Ministère de la Jeunesse et des Sports, il réveilla la revue qui s’était endormie à la veille de la Première Guerre mondiale, cependant que, dans le même temps, il raviva les couleurs de l’Ordre Martiniste puis fonda une (puis bientôt deux) loges maçonniques au sein de la Grande Loge de France, cette obédience qui, avait jadis blackboulé la candidature de son père. Quelle revanche ! Ces deux loges portent le même nom : la première s’honore du titre distinctif de « Papus », la seconde de celui de « Gérard Encausse ». On sait qu’il s’agit du même personnage et quel personnage !

Il nous a paru naturel de consacrer le présent numéro de «L'Initiation Traditionnelle», fille de « L’Initiation », au souvenir de Philippe que j’ai eu le privilège de rencontrer pour la première fois en 1959 et qui m’a tant appris tout en modérant ma fougue quelquefois excessive, je le confesse. Mais, on n’est pas éternellement jeune…

Dans la livraison datée d’octobre 1984 (n° 4/84), nous avions publié plusieurs hommages que ses plus proches amis lui avaient rendus lors de ses émouvantes obsèques : Robert Amadou, Michel Léger, Emilio Lorenzo, Adrienne Servantie-Lombard et moi-même. À l’intention de ceux qui ne l’ont pas connu et ainsi n’ont pas pu bénéficier de son regard fraternel qu’il conserva jusqu’au dernier jour même quand il fut frappé de cécité, nous republions ces hommages en témoignage de reconnaissance et « d’éternelle mémoire ».

Il repose au Père-Lachaise dans le caveau familial avec son grand-père (Louis Encausse) son père (Papus), sa soeur Louise et son épouse (Jacqueline). Chaque année, fin octobre, leurs fidèles se réunissent quelques instants autour de leur tombe.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 1 de 2014

Cette nouvelle présentation en ligne de la revue que nous avons mise en chantier avec le premier numéro de 2013 a été très bien perçue par nos lecteurs (fidèles ou ponctuels) comme en témoignent les nombreuses appréciations reçues.

Nous nous réjouissons de constater que la revue poursuit sa route après cent seize ans d’existence malgré quelques interruptions dues à des événements extérieurs.

Dans le présent numéro comme dans ceux qui suivront et selon une tradition jadis solidement établie, nous rendrons hommage à quelques personnages qui, à diverses époques, ont enrichi la revue par leurs propos et leurs enseignements. Même s’ils ont quitté le plan physique et ont traversé le mystérieux miroir qui les enlève à nos yeux mais jamais à nos coeurs, nous sentons toujours leur présence.

Ainsi, Phaneg, grande figure du martinisme, sera présent dans ce numéro avec un article publié initialement en 1929. Nous avons également tenu à rendre hommage à un artiste contemporain, un peintre ésotéricien dont les créations ne peuvent laisser indifférents les cherchants. Nicolas de Haller nous a quittés en janvier dernier à quelques jours de son quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire.

Nous souhaiterions que les lecteurs participent davantage à la revue, soit en nous adressant des articles de leur plume, soit en nous communiquant des documents que nous pourrions publier. Sans oublier vos critiques et/ou suggestions. «L'Initiation Traditionnelle» tient à s’ouvrir toujours davantage à ses lecteurs. Dans ce monde torturé, nous avons le devoir de faire partager notre idéal initiatique et spirituel. Peut-on avoir meilleur objectif ?

Pour diverses raisons, ce numéro est diffusé avec quelques jours de retard. Veuillez nous en excuser et nous vous en souhaitons quand même une agréable lecture.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 4 de 2013

Au milieu du XXe siècle, la barbarie que l’on croyait reléguée dans  un passé déjà  lointain  a  subitement  ressurgie  à  l’occasion  de  quelques  maladresses diplomatiques et de la misère morale d’un pays, l’Allemagne, dont Gérard de Nerval  avait  dit  « qu’elle  était  la  colonne  vertébrale  de  l’Europe ».  Après l’armistice  du  11  novembre  1918  et  le  Traité  de  Versailles,  l’Allemagne  était occupée,  affamée,  blessée  dans  sa  fierté.  Alors,  un  incertain  Hitler  vint  et, avec  la  complicité  passive  et  lâche  des  chefs  d’état  des  pays  dits  libres,  se lança et lança le monde dans une aventure sanguinaire qui mit l’Europe à feu et à sang.

Les êtres clairvoyants comprirent très vite que cette barbarie, même vaincue, laisserait  des  cicatrices  qui  ne  se  refermeraient  jamais.  Un  demi-siècle  plus tard, nous vivons encore entre les séquelles de ce tragique épisode. Le visage du monde s’est  assombri,  les  racines  de  notre  civilisation  ont  été  arrachées, les vieux démons se sont réveillés, la culture s’est asséchée et l’argent roi a aboli  les  principes  de  solidarité  et  de  fraternité  qui  s’étaient  esquissés  sous l’influence de quelques êtres généreux et idéalistes.

Faut-il désespérer ? Peut-être pas. Nous savons qu’il existe çà et là quelques bastides certes fragiles dans lesquelles des hommes et des femmes de bonne volonté et animés par un vrai désir d’éclairer leurs contemporains suivent des chemins spirituels non sectaires et non dogmatiques.

Les  francs-maçons  et  les  martinistes  sont  investis  dans  ce  beau  et  juste combat  pacifique.  Ils  ne  sont  pas  les  seuls.  Dans  ce  combat  difficile  qui évoque « le dernier carré à Waterloo », nous avons le devoir d’être à l’écoute de  tous  et  de  nous  garder  de  tout  jugement ;  ne  classons  pas systématiquement  les  humains  en  catégories  cloisonnées :  couleur  de  la peau,  origine  ethnique,  religions,  moeurs.  N’ajoutons  pas  du  désordre  au désordre !

La tolérance reste la vertu principale, elle nous garde des excès de violence qui  s’alimentent  des  différences  exacerbées.  La  tolérance  n’est  ni  lâcheté  ni fuite  en  avant.  Elle  est  intimement  liée  au  pardon  raisonné  qui  est  une protection contre la haine, cette maladie contagieuse qui constitue un véritable fléau.

Ne  nous  laissons  pas  empoisonner  par  des  ressentiments  et  ne  parlons jamais de vengeance.

 Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 3 de 2013

Notre revue est à la fois très âgée et très jeune. Très âgée en son fond puisqu’elle s’attache à maintenir l’esprit initiatique tel qu’il fut défini par Papus il y a maintenant cent vingt-cinq ans quand il en publia le premier numéro (octobre 1888) en prolongement du « Groupe Indépendant d’Études Ésotériques ». Très jeune en sa forme puisque ses directeurs et rédacteurs successifs ont bien dû s’adapter aux exigences techniques non point pour céder à des « modes » dont on connaît le caractère éphémère mais dans la seule perspective de rendre la revue toujours plus attractive.

Dans le présent numéro, vous trouverez un éventail d’articles que nous avons jugés dignes d’être publiés. Nous nous efforçons de conserver l’éclectisme auquel nombre d’entre vous sont attachés. N’hésitez pas à nous faire part de vos observations, de vos attentes, de vos critiques. Faute de place, nous reportons notre rubrique des livres et revues au prochain numéro.

Au cours de l’été, nous avons appris quelques départs vers ces horizons où la lumière, la vraie lumière ne s’estompe jamais : Daniel Ligou, historien de la franc-maçonnerie et auteur de multiples ouvrages couronnés par un incontournable dictionnaire universel de la franc-maçonnerie (1974) ; notre chère France Devif qui fut si active pour le martinisme en Provence et qui demeure éternelle dans le coeur de ses soeurs et frères.

Le 15 octobre, à 18 heures 30, à l’initiative de Catherine Amadou, une messe sera célébrée à l’intention de Louis-Claude de Saint-Martin, le « philosophe inconnu », en l’église Saint-Roch, 296, rue Saint-Honoré, Paris 1er. Louis-Claude de Saint-Martin est entré dans la lumière sans déclin il y a 210 ans.

Les 25, 26 et 27 octobre, auront lieu les « Journées Papus ». Selon la coutume, nous nous réunirons le dimanche 27 octobre au cimetière du Père-Lachaise autour de la tombe de Papus, Philippe et Jacqueline Encausse avant de nous retrouver pour un déjeuner fraternel. Toutes informations peuvent être requises auprès de l’OM (Maria et Emilio Lorenzo), 5/7, rue de la Chapelle, 75018 Paris.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

Éditorial du numéro 2 de 2013

Dans les derniers jours du mois de mars dernier a été diffusé le premier numéro de la revue numérique « L’Initiation Traditionnelle » qui succède à la revue « L’Initiation » laquelle a dû, fin 2012, cesser sa livraison en version papier pour des raisons financières.

Nous avons été très touchés par les témoignages d’amitié et de fraternité que nous ont prodigués de nombreux fidèles qui ont fort bien compris la reconversion nécessaire de la revue sans laquelle elle aurait été définitivement engloutie comme le sont hélas, depuis quelques années, nombre de ses consœurs en tous domaines.

Comme nous nous y sommes engagés, nous maintiendrons l’esprit initiatique de la revue dont la métamorphose ne doit altérer en rien l’esprit qui l’a animée de 1888 à 1912 avec Papus, de 1953 à 1984 avec Philippe Encausse et, depuis 1984, avec votre humble serviteur épaulé par une équipe aussi dévouée que talentueuse (Bruno Le Chaux et Nicolas Smeets, des informaticiens chevronnés), sans omettre de citer ma modératrice Annie Boisset (qui n’est pas une homonyme mais mon épouse depuis presque cinquante ans), la collaboration savante de Christine Tournier et l’œil vigilant et fraternel de notre directeur Michel Léger.

Aussi longtemps que mes facultés (et la Faculté) m’y autoriseront, j’honorerai l’engagement moral que j’ai souscrit auprès de mes prédécesseurs comme de vous tous et resterai fidèle aux enseignements et aux préceptes initiatiques que cette revue se fait un devoir et un honneur de véhiculer. Dans ce monde qui se déchire, se despiritualise et se décivilise, j’ai la faiblesse de croire que « les femmes et les hommes de désir » que nous sommes ont encore leur utilité et leur place, même modeste et effacée.

Bonne et agréable lecture à tous et rendez-vous pour le numéro 3 que nous mettons sans tarder en chantier !

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

 Éditorial du numéro 1 de 2013

Nous voici donc parvenus à un tournant de l’histoire de la revue qui, pour les raisons déjà explicitées dans le dernier numéro de 2012 paru fin décembre, abandonne sa version « papier » pour franchir le pas et adopter une version « numérique » encore appelée « en ligne ». C’est une question de survie et nombreux sont nos fidèles amis qui l’ont parfaitement compris. Quelques autres nous ont fait des reproches et une étude rapide nous a conduits à constater que ces censeurs étaient bizarrement (?) ceux qui habituellement traînaient le plus les pieds pour acquitter leur abonnement annuel.

En adoptant une version « numérique » qui ne génère que très peu de frais de fonctionnement, nous pouvons mettre gratuitement la revue à la disposition des lecteurs. Je tiens ici à remercier vivement Bruno Le Chaux et Nicolas Smeets dont la science informatique est d’un grand secours au béotien que je suis en ce domaine particulier. Sans eux, cette version « numérique » n’aurait sans doute jamais vu le jour et la revue aurait définitivement jeté l’éponge.

« L’Initiation Traditionnelle », nouveau titre de la revue, ne s’éloignera nullement de l’esprit éditorial qui nous anime, à la suite de nos illustres prédécesseurs, Papus et Philippe Encausse. Nous conserverons l’éclectisme qui a toujours été la règle pour la revue (et que nos lecteurs ont jadis plébiscité) en nous gardant, comme par le passé, de faire écho aux élucubrations fantaisistes dont le New Age fait ses choux gras. L’ésotérisme est une affaire sérieuse qui n’admet aucune déviance. Nous sommes jaloux de notre indépendance vis-à-vis de toute organisation et nous ne serons jamais les porte-parole de telle ou telle société initiatique et, a fortiori, pseudo-initiatique.

Nous souhaiterions, par ailleurs, que les lecteurs nous fassent part de leurs appréciations et critiques sur les articles publiés et qu’une sorte de dialogue s’instaure entre eux et nous. Nous sommes également prêts à accueillir des articles que nous soumettrons à notre comité de lecture pour une éventuelle publication.

En attendant, nous vous souhaitons une très agréable lecture.

Yves-Fred Boisset,
rédacteur en chef.

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