Alexandre Saint-Yves naquit le 26 mars 1842, à Paris, sous le signe du Bélier, ascendant Sagittaire, sous un double patronage igné, favorable, dit-on, aux recherches ésotériques et à l’accomplissement d’un destin initiatique. Son père, médecin aliéniste, désirait lui faire donner une solide instruction et une excellente éducation. Élève brillant, bien que rétif à toute discipline, Saint-Yves parvint non sans quelques incidents jusqu’au baccalauréat avant d’entreprendre des études supérieures à l’École de la Médecine Navale, à Brest, études qu’il abandonna assez rapidement pour se rendre à Jersey et à Guernesey aux fins d’y rencontrer le célèbre écrivain et poète français en exil : Victor Hugo. On ne sut jamais s’il le rencontra réellement ; ce que l’on sait, en revanche, c’est qu’il fit la connaissance d’une autre exilée, madame Pelleport, qui lui fit découvrir Fabre d’Olivet, ésotériste disparu en 1825 et qui avait laissé, entre autres une traduction des «Vers dorés de Pythagore», un important travail sur «la langue hébraïque restituée» et un monumental ouvrage philosophique et historique, «Histoire philosophique du Genre Humain».

Selon ses propres affirmations, Saint-Yves puisa dans ce dernier ouvrage les germes qui devaient décider de sa future orientation littéraire. Curieux et insatiable, il se rendit ensuite à Londres où il passa ses journées dans la Bibliothèque Royale à dévorer une quantité impressionnante de livres et de documents. On ne sait pas grand chose d’autre sur son séjour londonien.

Il ne revint en France qu’en 1870, quand éclata la guerre et que les Prussiens représentaient une menace. Quand cette guerre fut terminée, il obtint un modeste emploi au Ministère de l’Intérieur. C’est durant ces années qu’il produisit ses premiers écrits : quelques poèmes lyriques, quelques plaquettes, quelques essais et un traité sur «l’utilité des algues marines». Tout ceci n’eut guère de retentissement.

En 1873, un événement déterminant devait changer le cours de son existence. Cette année-là, il rencontra Marie-Victoire comtesse Keller, veuve fortunée d’un ancien conseiller du tsar. Elle avait quitté Saint-Pétersbourg pour s’installer à Paris. Trois plus tard, Alexandre épousa Marie-Victoire en l’abbaye de Westminster. Cette union, outre qu’elle marqua la fin provisoire de ses soucis financiers, lui apporta la présence attentionnée d’une épouse maternelle (elle était un peu plus âgée que lui) qui, durant dix-huit ans de vie commune, le soutiendra et le protégera. C’est au cours de leur voyage de noces en Italie que la comtesse fit pour lui l’acquisition d’une terre à laquelle était attachée un titre de marquis jadis délivré par le Vatican. À partir de ce moment, il put s’appeler Saint-Yves, marquis d’Alveydre [1].

Ses véritables débuts dans la littérature sont marqués, en 1877, par la publication d’un ouvrage intitulé : «Clefs de l'Orient». Fondé sur les enseignements orientaux et cabalistiques concernant les Mystères de la naissance, des sexes et de la mort, il permet à Saint-Yves d’exposer dans son avant-propos comme dans sa conclusion les principes de ce qu’il appelle la diplomatie spirituelle et de prôner un rapprochement entre l’Europe et l’Inde, alors que cette dernière se trouvait sous protectorat britannique. Ce rapprochement, explique-t-il en substance, assurerait la double garantie d’une meilleure compréhension entre les deux traditions philosophiques et religieuses et d’une paix durable. Pour mieux défendre cette idée, il adressa des suppliques à la reine Victoria, au tsar Alexandre III et au Mahatma.

Il faudra ensuite attendre cinq ans pour voir éclore la grande idée alveydrienne qu’est la synarchie.



[1] Ce titre a toujours fait l’objet de controverses. Mes propres recherches (comme celles d’autres auteurs) auprès des archives du Saint-siège n’ont jamais pu aboutir.

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