Louise Marie Thérèse Bathilde d’Orléans

par Fabien Decorps

Présentation générale

Bathilde d’Orléans (5 juillet 1750–10 janvier 1822), duchesse de Bourbon, est la fille du duc d’Orléans et de Louise-Henriette de Bourbon. Elle descend de Louis XIII par son grand-père et de Louis XIV par sa grand-mère. Son frère, Philippe d’Orléans (1747–1793), qui s’est renommé « Philippe-Égalité », fut Grand Maître de la Grande Loge de France (futur Grand Orient de France). En 1770, elle épouse le dernier prince de Condé mais leur mariage ne durera pas longtemps. De cette union naîtra le duc d’Enghien, connu pour avoir été fusillé sur ordre de Napoléon Bonaparte.

La mystique de l’Élysée

En 1775, la duchesse de Bourbon sera déclarée grande maîtresse de toutes les loges d’Adoption de France. En 1779, elle sera aussi élevée par Jean-Jacques Bacon de la Chevalerie, ancien substitut général de Martinès de Pasqually, au grade de « maçonne parfaite ». Louis XVI vend le palais de l’Élysée à la duchesse de Bourbon en 1787. Celle-ci s’écarte du christianisme dogmatique pour s’appliquer à l’étude du somnambulisme, du magnétisme, de l’astrologie, de l’interprétation des songes et au mysticisme dans son palais. Pour cela, elle fait venir les autorités en la matière, tels que Mesmer ou Puységur. C’est à cette époque qu’elle devient l’amie de Louis-Claude de Saint-Martin. Celui-ci, étant son ami sincère et dévoué, ils causeront souvent de différents sujets lors de ses nombreuses visites.

Ecce Homo et le Crocodile

Entre 1792 et 1793, Louis-Claude de Saint-Martin séjourne chez la duchesse de Bourbon. C’est chez elle, le 7 août 1792, qu’il achève d’écrire Crocodile ou la guerre du bien et du mal arrivé sous le règne de Louis XV, poème épico-magique en 102 chants. C’est à cette époque qu’elle constitue autour d’elle une cour d’adeptes du merveilleux, ce que Louis-Claude de Saint-Martin n’apprécie guère. Pour lui, Bathilde d’Orléans est une princesse excellente, mais d’une médiocre intelligence. Il la trouve plus superstitieuse encore que religieuse, plus occupée de pratiques magnétiques et somnambuliques que de mysticisme. Saint-Martin s’est en effet détourné des pratiques de l’occulte, tout comme de celles du magnétisme.

Finalement, il pense qu’elle avait une sorte de déséquilibre entre le cœur et la raison. Un des livres de Louis-Claude de Saint-Martin a été écrit presque uniquement pour elle. Il cherche à ramener son amie de cœur à des idées plus raisonnables. C’est dans ce but qu’il écrivit, en partie à son attention, Ecce homo, ouvrage qui fut publié en 1792. Il dira d’elle :

« On ne peut pas porter plus loin les vertus de la piété et le désir de tout ce qui est bien ; c’est vraiment un modèle, surtout pour une personne de son rang. Malgré cela, j’ai cru notre ami Boehme, une nourriture trop forte pour son esprit, surtout à cause du penchant qu’elle a pour tout le merveilleux de l’ordre inférieur, tels que les somnambules et les prophètes du jour. Aussi je l’ai laissée dans sa mesure, après avoir fait tout ce que j’ai cru de mon devoir pour l’avertir ; car l’Ecce homo l’a eue un peu en vue, ainsi que quelques autres personnes livrées au même entraînement ». (Lettre XI, p. 41 de l’édition Schauer et Chuquet.)

La duchesse de Bourbon devient la « Citoyenne-Vérité »

La duchesse de Bourbon devient la « Citoyenne-Vérité »

Ala Révolution, Bathilde d’Orléans se range du côté de la République. En effet, comme son frère Philippe-Égalité, elle approuve les idées révolutionnaires et veut changer le monde. Renonçant à son titre, la duchesse de Bourbon est devenue la « Citoyenne-Vérité ». Son mari et son fils, ennemis de la Révolution, vont choisir l’émigration. Ne partageant pas leurs points de vue depuis longtemps, leurs relations se brouillent. Bathilde défendra avec attachement l’idée d’une réelle nécessité de régénérer la société. Pour elle, comme pour tous les Républicains, l’ancien régime est un système usé et corrompu.

En avril 1793, son neveu Louis-Philippe, duc de Chartres, alors âgé de vingt ans est vaincu en Allemagne. En effet, il déserte son armée et passe dans le camp adverse car il risque d’être guillotiné. Par mesure de rétorsion, la Convention décide de faire emprisonner à Marseille tous les membres de la famille royale restés en France. Pourtant fidèle à la République, Bathilde va survivre deux ans et demi dans une cellule sinistre. Son frère « Phillipe-Égalité » est guillotiné en novembre 1793. Après ses malheurs dus au règne de la Terreur, elle est finalement libérée et retourne s’installer au palais de l’Élysée.

Le décès de Louis-Claude de Saint-Martin vu par la duchesse de Bourbon

En 1803, Louis-Claude de Saint-Martin décède. La duchesse, dans une lettre à Mr Ruffin, dira :

« Vous devez savoir, mon cher ange, qu’au nombre de ceux que mon cœur regrette est ce bon Saint-Martin, aux soins duquel j’avais voulu vous adresser. Je ne puis vous exprimer à quel point, depuis sa mort, j’éprouve que son esprit s’unît au mien, et en développe les facultés pour comprendre ses écrits ». (Lettre LXVI, sd, [juillet-août 1804, t.1, p. 371-372) [1]

Dans ses correspondances, Bathilde lui confiera aussi ces mots emplis de sincérité et qui reflètent sa personnalité profonde :

« Les livres de Saint-Martin, ainsi que ses discours, n’ont fait effet en moi que longtemps après et lorsque les malheurs, les prisons et les épreuves de toute espèce ont fondu sur ma malheureuse existence, et ont séparé l’alliage de l’or pur qui était en moi. C’est ainsi qu’il en arrive à tous les êtres qui se sont écartés de la droite ligne qui conduit à Dieu, pour se recourber sur eux-mêmes et sur les objets séducteurs de la terre. Il faut qu’ils y soient arrachés forcément et que Dieu se fasse jour ainsi par la douleur quand il ne l’a pu par l’amour ». (Lettre LXX, sd [octobre-novembre 1804] p. 393-394.) [2]

On peut en déduire qu’elle n’a compris le sens profond des écrits de Saint-Martin qu’après la mort de celui-ci.

Louis-Claude de Saint-Martin et « le cercle des intimes »

Le baron de Gleichen nous indique, dans ses Souvenirs, que Louis-Claude de Saint-Martin avait ouvert une petite école où il était devenu son disciple. [3]

En 1821, dans un de ses articles, Varnhagen von Ense explique :

« Saint-Martin fut attiré dans plusieurs sociétés qui tendaient ou semblaient tendre vers des connaissances supérieures. Mais son esprit supérieur découvrit bien vite leurs défauts profonds, et il se retira de toute société. Il décida plutôt de fonder lui-même une société dont le but ne serait que la spiritualité la plus pure, et pour laquelle il commença d’élaborer à sa guise les doctrines de son Maître Martinés…Mais la fondation de sa société ne s’effectua que lentement : il n’acceptait que peu de membres, et en usant d’une très grande prudence. Dans tout cela, il y a beaucoup qui est resté obscur et qu’on ne pourra peut-être éclaircir jamais ». [4]

Il existe d’autres informations sur le sujet, comme, par exemple, la correspondance, datée du 20 décembre 1795, entre un inconnu et le professeur de théologie Koster de Gottingue. Ce document explique que des amis de Saint-Martin formaient des groupes très restreints. Ils étaient liés entre eux par leur amitié pour Saint-Martin, mais très probablement aussi par quelques autres liens. Le correspondant du Pr Koster, pour les qualifier, va utiliser des expressions comme « Société de Saint-Martin » ou « cercle des intimes de Saint-Martin ». [5]

Bathilde d’Orléans : Martiniste ?

Dans ses Mémoires, la baronne d’Oberkirch, précise : « Elle est martiniste ou à peu près. »

En effet, on peut penser que Saint-Martin a initié Bathilde. Comme nous l’avons vu, il y a eu plusieurs témoignages qui rapportent qu’il aurait constitué autour de lui un « cercle des intimes » ou « Société de Saint-Martin » dont elle faisait certainement partie.

La duchesse de Bourbon

Saint-Martin aurait donc transmis une certaine initiation de son vivant, mais certainement pas telle que nous l’entendons aujourd’hui. Celle-ci s’est plutôt transmise à travers « des causeries » et la lecture de ses livres. On peut vraiment se poser la question de l’appartenance de Bathilde d’Orléans à son « cercle des intimes ». Il est vrai qu’il entretenait des liens forts avec la duchesse de Bourbon, qu’il écrivait des livres presque uniquement pour elle. De plus, ils se retrouvaient souvent pour « causer ». Malheureusement, en tout état de cause, le Maître n’a pas pu voir l’élève s’accomplir, atteindre la plénitude de son être.

En 1818, Bathilde d’Orléans fit bâtir, dans le village de Reuilly près de Paris, un hospice destiné à recevoir les vieillards pauvres, notamment les anciens domestiques de la maison d’Orléans. Il fut nommé Hospice d’Enghien en hommage à son fils.

En 1822, Bathilde d’Orléans est prise d’un malaise alors qu’elle prend part à une procession en marche vers le Panthéon. Elle décède peu de temps après. Louis-Philippe fera brûler le manuscrit de ses mémoires. Il voulait tenter de réennoblir l’image de celle dont la vie fut un combat entre ses aspirations et le poids de sa naissance.

[1] Voir duchesse de Bourbon, Correspondance entre Madame de B… [Bourbon] et Mr R… [Ruffin] sur leurs opinions religieuses (tome 1)
[2] idem
[3] Voir Un thaumaturge au XVIIIe siècle, Martinès de Pasqually, sa vie, son œuvre, son ordre, par Gérard Van Rijnberk.
[4] idem
[5] idem

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